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Chronique d’un premier roman : entretien avec Catherine Quillet

(ou Comment concourir au Prix Nouveau Talent peut se révéler un tremplin pour publier son premier roman #6)

Jamais 2 sans 3 ! En 2013, le Prix Nouveau Talent était attribué à Charles Dellestable pour son premier roman Paradis 05-40 édité par JC Lattès. Dans la sélection figurait également Germain dans le métro, le premier roman de Vincent Maston qui avait lui aussi séduit les éditeurs de JC Lattès. Une sélection de qualité puisque tout récemment c’est Le problème à N corps, 3ème roman de cette sélection 2013, qui est paru aux éditions Paul & Mike. Entretien avec son auteur, Catherine Quillet.

 

LPANC_CQuilletVous publiez votre premier roman. Racontez-nous… 

Mon premier roman s’appelle « Le problème à N corps », il est sorti il y a quelques semaines chez Paul&Mike, une jeune maison qui publie une petite dizaine d’ouvrages par an.

Le fait d’avoir fait partie des finalistes en 2013 m’a redonné confiance en mon manuscrit, fait écrire deux chapitres de plus, permis de rencontrer Laurent Laffont (ndlr : DG des éditions Lattès) à la remise du Prix , d’avoir une préface de Bruno Tessarech (que je dois revoir aux Escales du Livre du 1er au 3 avril à Bordeaux), de comprendre un peu mieux les ressorts de l’édition…Tout ça a été une expérience très forte, qui m’a beaucoup apporté !

Allez, pour être clair sur ce dont il s’agit : dans Le problème à N corps, un homme, Vincent, tombe en relisant son journal intime de jeunesse sur une liasse de feuilles qui raconte une relation torride avec une certaine Marianne. Mais Vincent ne reconnaît rien dans ce qui est raconté. Sous la hantise d’un dysfonctionnement mnésique, il décide de retrouver Marianne – ce à quoi il va parvenir, mais qui ne règlera (nouvelle orthographe :D) rien, au contraire : ce n’est que le début de l’enquête.

Bien qu’il soit garanti 0% hémoglobine, Le problème à N corps est construit comme un polar. Si on est « lectant jouant », on peut s’amuser à chercher, parmi tous les protagonistes, lequel trahit le plus ses proches.

 

Quelle sensation éprouve-t-on à voir son premier roman publié ?

Le pluriel serait plus adéquat pour rendre compte de la singularité des émotions générées par toute cette chaîne qui commence au « oui » de l’éditeur… Je dois reconnaître que c’est le premier « oui » qui a résonné le plus fort, et qu’il n’était pas pour mon premier roman mais pour mon premier ouvrage, un recueil de nouvelles. Car Paul&Mike publie des romans, mais c’est aussi une des quelques « vraies » maisons d’édition, en France, qui prend le risque de publier des recueils de nouvelles d’inconnus. Six mois après la sortie du recueil, j’ai fini par faire savoir que j’avais aussi écrit un roman, il a plu, et voilà… Pour l’anecdote, Paul&Mike est en fait dirigée par un triumvirat dont une des têtes est Philippe Nonie, le lauréat du prix Nouveau Talent 2011. Mais je crois qu’il ne savait rien du passé de mon manuscrit quand ses deux associés et lui-même l’ont accepté !

Un autre moment fort est celui du retravail du texte – le travail d’édition à proprement parler. Pour « Le problème à N corps », cela s’est fait avec Virginie Vagne (directrice d’ouvrage) et Fabien Muller (éditeur). Deux personnes avisées penchées avec soin sur mon roman, c’était comme un luxe incroyable, qui m’a permis de mieux cerner ma propre écriture.

Et, bien sûr, il y a ce moment où on découvre le livre, fond et forme mêlés. L’objet : la teinte et la texture des pages, la police de caractères, la couverture bien sûr, son toucher si particulier…

Difficile d’imaginer un monde sans ce contact. Même si la liseuse a un avantage pratique dans certaines situations, rien ne remplace le plaisir de découvrir un livre en vrai papier – que ce soit le sien ou celui d’un autre.

 

Comment avez-vous imaginé et construit votre histoire et vos personnages ?

Le point de départ de l’histoire, le « eurêka » qui a précédé de peu la rédaction des premières phrases, je le dois à mon passé de diariste pudique qui, parfois, rencontrait d’autres diaristes, plus exhibitionnistes (impossible, évidemment, d’identifier comme tels les autres diaristes pudiques, puisqu’ils se dissimulent). J’ai été très marquée par les sentiments générés par la lecture du journal intime d’un(e) autre, ou par celle de mon propre journal – lorsque la relecture avait lieu suffisamment longtemps après l’écriture pour être source de surprise. Il n’est donc pas surprenant que j’aie eu envie d’écrire quelque chose sur ce thème, celui de la (re)découverte d’un journal intime. La question qui a émergé, quand j’ai décidé de passer à l’action, tournait autour de : qu’est-ce qui peut bien s’être passé quand on ne reconnaît pas les évènements (nouvelle orthographe, encore) relatés dans son propre journal ? Un jour, parmi les réponses possibles à cette question, une m’est venue, particulièrement riche de possibilités et qui faisait basculer mon projet de roman vers un genre de polar, version whodunit (ndlr : aussi appelé roman de détection ou roman d’énigme). Le milieu s’est alors imposé de lui-même à cause de l’importance de la linguistique dans l’enchaînement des causalités. De même, les personnages sont venus naturellement – ce sont principalement des collègues du protagoniste principal, Vincent, qui ont tous un rôle dans la progression de l’enquête. Comme leur aspect psychologique n’était pas négligeable, au contraire, dans le scénario en gestation, j’ai beaucoup travaillé sur leur moi. Le point de départ de la « chair » des personnages a souvent été le trait marquant de quelqu’un de mon entourage plus ou moins proche, sur lequel j’ai bâti une personnalité qui, au final, est certainement très éloignée de l’inspirateur ou inspiratrice de départ.

Ce qui m’a particulièrement impressionnée, c’est de découvrir comment, une fois leur psychisme bien déterminé, certains  personnages pouvaient se mettre à avoir leur vie propre, au point, parfois, que des interactions s’imposent d’elles-mêmes parallèlement à l’intrigue principale, allant jusqu’à infléchir l’histoire que j’étais en train d’écrire…

 

Comment s’est déroulé votre travail d’écriture ?

De manière chaotique, comme tout ce que je fais. Des salves d’écriture, le soir, jusqu’à une heure ou deux du matin, ou dans le train, ou tôt le dimanche, ou en vacances… Chaque moment arraché est une victoire.

 

Pourquoi écrivez-vous ?

Peut-être parce que mes moments d’écriture sont les seuls où je jouis d’une liberté totale. Quand on écrit, on est Dieu (j’ai  pris soin de vérifier : bien d’autres auteurs ont déjà fait ce genre de déclaration, ce qui banalise mon propos et devrait ainsi tenir à distance les verdicts de type « folie mégalomaniaque », merci). Difficile de redevenir simple humain une fois qu’on a goûté à la toute-puissance. Plus prosaïquement, il doit y avoir une notion de soupape quelque part là-dedans : dans les périodes où je n’écris pas, la tension monte jusqu’à ce que je ne puisse plus me supporter. Un travail d’écriture en progression, un horizon, et hop, tout est plus facile.

 

Quels sont vos projets ?

J’aimerais consacrer mes maigres réserves de temps et d’énergie à l’achèvement de mon deuxième roman, qui n’en est qu’à la moitié du premier jet. Dans un monde idéal, on m’offrirait une grille de Loto gagnante (oui, il faut me l’offrir, vu que je ne joue jamais), ou alors (ça peut suffire) un organisme bienveillant me proposerait une bourse pour n’avoir qu’à écrire pendant un an. Après quoi je m’empresserais de revenir à la vraie vie, avec un boulot, des courses à faire et des rencontres collatérales, parce que c’est une source d’inspiration irremplaçable.

 

Un conseil judicieux que vous avez reçu et que vous pourriez partager avec d’autres aspirants auteurs ?

« Simplifie ».

Plus généralement, c’est dit et redit partout, mais c’est tellement important : se relire et faire relire, le plus possible. Et bien sûr, ce qui n’est pas sans rapport : garder en tête la célébrissime phrase d’Oscar Wilde sur les 5% d’inspiration et 95% de transpiration…

 

L'Auteur

Dorothée Corbier

Déléguée générale adjointe de la Fondation Bouygues Telecom, j'anime avec Céline le programme Nouveaux Talents.

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1 Commentaire

  1. je suis à la recherche d’un comité de lecture pour avoir une appréciation de mon travail, à ce jour j’ai écrit 2 romans, avez une ou des solutions à me proposer ?
    Cordialement