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Comment bien vivre une Rentrée littéraire (quand on écrit soi-même) ? #3

BGuillot lire pour mieux écrire

Après notre feuilleton sur la Rentrée de septembre, et alors que commence celle de janvier, quelque modestes conseils pour bien vivre une Rentrée littéraire quand on aimerait bien y figurer un jour…

C’est reparti ! 476 romans pour la Rentrée de janvier, apprenons-nous. Et tous les magazines de sortir cette semaine leur papier sur « les auteurs attendus », etc. Il n’y a plus de Goncourt en vue, mais pour qui s’y intéresse encore, le feuilleton de l’hiver ressemble quand même beauoup à celui de l’automne.
Et quand on écrit soi-même, il faut bien le dire, ça pique toujours un peu, ces papiers qui viennent nous rappeler le texte en cours qui n’avance pas assez vite, ou ce manuscrit qui vient d’être refusé par les Editions Truc… Et pourtant, on ne peut pas s’empêcher de jeter un œil sur ce qui se raconte ici ou là. Je le sais, je suis passé par là.
Voilà pourquoi, si les conseils servent à quelque chose, je me permettrai d’en délivrer deux ou trois, empruntés aux plus grands sages…

 

  1. Bannis l’envie avec Sénèque

http://yspaddaden.com/

© http://yspaddaden.com/

Je sais, ce n’est pas le plus simple. Difficile de s’empêcher d’être un peu jaloux, surtout quand on voit que Machin passe pour un grand écrivain parce qu’il passe bien à la TV, que le roman de Bidule est étrangement encensé, ou quand on voit la quantité de papier et de bits utilisés pour dire du bien ou du mal d’Edouard Louis, parfois sans même avoir lu le livre.
Chaque année, à chaque Rentrée, c’est pareil. Et c’est sans doute inévitable. Faisons-nous une raison, il y aura toujours des Machin, il y aura toujours des Bidule, il y aura toujours des livres-dont-tout-le-monde-parle, des auteurs-du-moment. Entre nous : il y a peu de chances que ce soit un jour toi, ou moi. Et alors ? Tout ça ne dépend pas de nous, dirait Sénèque, ou si peu. A trop se concentrer sur l’écume, on finit avec des aigreurs. N’y accordons pas trop d’importance.

 

  1. Cultive ton jardin avec Voltaire : lis, écris, aime (et ne prie pas trop)

Sénèque t’aurait aussi certainement posé cette question : franchement, tu as vraiment envie d’être Machin, ou Bidule, ou Edouard Louis ? Peut-être que oui. Dans ce cas, je te souhaite sincèrement bon courage. Et sinon…ne te fais pas de mal inutilement, et regarde juste à côté, tu verras plein de livres enthousiasmants. Ne les jalouse surtout pas : achète-les, lis-les, fais-toi ton opinion. Tel roman t’a déçu ? Relis donc ce que tu écris toi-même avec un œil aussi critique. Tu as aimé ? Réjouis-toi, inspire-toi.
Cela seul doit compter. A trop regarder ce qui se passe autour, on en perd vite le plaisir d’écrire. Or, c’est bien ça qui compte, non ? Le travail, et le plaisir.

Pour le reste, lis donc le Manuel d’écriture et de survie de Martin Page, découvre les Splendeurs et misères de l’aspirant écrivain avec Jean-Baptiste Gendarme, ou bien entre donc dans l’Atelier d’écriture de Bruno Tessarech – tu vois, les idées ne manquent pas.

 

  1. FDivoireRelativise avec Fernand Divoire

… Ou alors, si tu veux rire jaune et constater qu’au fond on disait déjà les mêmes choses il y a cent ans, je te recommande ce petit bijou anar de Fernand Divoire : Introduction à l’étude de la stratégie littéraire. Le texte date de 1912, il est disponible pour 3 euros aux Mille-et-une-nuits : c’est 50% plus cher qu’un conseil à deux balles, et tu verras, ça vaut de l’or.
Mais je n’en dis pas plus, je lui consacrerai volontiers un billet à part un de ces jours.

 

  1. Ecoute les sages modernes

Parce qu’il n’y a pas que les Classiques dans la vie, je te proposerai aussi d’écouter les conseils avisés de quelques grands sages contemporains.

Le footballeur professionnel, par exemple, avec ses pieds de feu et sa langue de bois. Tu as déjà entendu un joueur interviewé après une troisième défaite consécutive ? Trois fois sur quatre, il dira ça : « On va continuer à travailler, n’importe comment ça va finir par payer. »
Eh bien, il a raison !

L’autre vraie sagesse, c’est celle du Grec moderne. Celui qui lancé un mouvement dont le nom, inspiré du français, ne nécessite aucune traduction : le zamanfou.
Encore une interview de Machin sur France Inter ? Zamanfou. Le roman de Bidule est encensé partout parce qu’il/elle est le fils/la fille/l’amant de Truc ? Zamanfou.
Et si tu n’arrives pas à t’en foutre, eh bien, amuse-t-en. La Rentrée est une comédie, il faut en rire. Et puis, ce n’est que deux mois dans l’année. Le reste du temps (et même pendant), il y a les librairies, les salons, le plaisir de lire – et la joie d’écrire, que je te souhaite.

Bonne année à toi.

 

Ah, et j’allais oublier.

476 romans, donc. C’est cent de moins que l’an dernier, mais encore beaucoup, beaucoup.

Songe que la moitié d’entre eux n’auront pas la moindre mention dans la presse, et qu’ils seront malheureux. Que ceux dont on parlera un peu seront frustrés qu’on n’en parle pas un peu plus, ou de ne pas être assez visibles en librairie. Et même ceux-dont-on-parle… Je me souviens, il y a quelques années, je me suis retrouvé par hasard à côté de certains auteurs parisiens, de ceux qu’on ne connaît pas forcément beaucoup mais qui connaissent un peu tout le monde. Je me souviens de celui-là qui enrageait de ne pas avoir eu ce papier dans Libé qu’on lui avait pourtant promis, et tel autre de ne pas avoir été invité chez Ruquier alors qu’il pensait bien que cette année il y aurait droit. Crois-moi : ils étaient tristes. Allez, forza, et dans la joie !

 

L'Auteur

Bertrand Guillot

Bertrand Guillot a travaillé dans l'édition et publié trois romans, de fiction ou non-fiction : Hors-jeu (Dilettante, 2007 – J'ai lu, 2010) B.a.-ba (Rue fromentin, 2011) Le métro est un sport collectif (Rue fromentin, 2012). Chroniqueur pour le magazine Standard et sur son blog Secondflore, il anime également des ateliers d'écriture au collège et en entreprise.

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