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L’écrivain à l’épreuve du quotidien #1 : Conjuguer les écritures et les contraintes

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Ariane Charton DR

 

Comment concilier les écritures de textes de natures, de longueurs et d’importances variées ? Rencontre avec Ariane Charton, écrivain spécialiste de l’époque romantique, qui a fait le choix de se consacrer à l’écriture et partage son temps entre travaux de longue haleine destinés à être publiés en volume et collaborations plus ponctuelles avec la presse.

 

Gérer le quotidien permet à l’esprit de réfléchir, de vagabonder ou de se reposer

Faire des courses, gérer le quotidien n’est pas sans avantage : cela s’apparente à une promenade ou distraction qui permet à l’esprit de réfléchir, de vagabonder ou de se reposer. Il peut être aussi l’occasion d’observer la vie quotidienne autour de moi, toujours intéressante, quel que soit le sujet sur lequel je travaille. Mes journées sont organisées selon un rythme qui varie peu et que je n’ai pas de mal à suivre, étant naturellement disciplinée. Je travaille chez moi le matin, fais une pause d’une à trois heures en milieu de journée que je consacre éventuellement à des rendez-vous extérieurs, puis rentre et travaille à nouveau jusqu’en début de soirée.

Je trouve très contre-productif de travailler à deux choses à la fois

Qu’il s’agisse d’écriture littéraire ou de travaux alimentaires, je me consacre à une seule chose chaque jour. Je trouve très contre-productif de travailler une demi-journée sur un sujet et le reste du temps sur autre chose car il faut un certain temps pour mentalement passer de l’un à l’autre. Travailler à l’un de mes livres pour quelques heures ne vaut pas le coup, il faut au moins que j’aie une journée devant moi. Si j’ai un moment de creux, je vais l’utiliser à lire. Je peux éventuellement, si besoin est, me livrer à plusieurs travaux alimentaires sur une même journée car cela ne réclame souvent pas autant d’engagement intellectuel mais autant que possible je mène chaque chose au bout avant de passer à une autre.

Ma pensée se développe en même temps que le mouvement physique

J’écris chez moi. J’ai besoin d’être au calme et au confort pour me concentrer. J’aime également avoir mes livres, mon environnement familier autour de moi. Il m’arrive aussi d’écrire lorsque je suis en déplacement mais si je suis seule. Je prends des notes sur ce qui m’entoure. J’aime beaucoup également travailler dans le train, je m’organise une sorte de petit bureau à ma place et écoute de la musique pour m’isoler.
Il m’arrive souvent d’écrire dans ma tête lorsque je marche dans la rue ou lorsque je fais du sport. Il me semble que ma pensée se développe en même temps que le mouvement physique. J’essaye de mémoriser mais parfois une partie de mes pensées, faute d’être écrite immédiatement, m’échappe. Quand je travaille sur une biographie par exemple, je m’intéresse à tout ce qui tourne autour du personnage sur lequel j’écris (son époque, ses contemporains…). Je reste l’esprit en éveil même si je fais autre chose.

Ecrire un livre est un engagement de plusieurs mois, et souvent un luxe

Les obstacles à l’écriture sont surtout financiers. Ecrire un livre est un engagement de plusieurs mois voire davantage mais ce temps n’est pas assez rétribué, l’à-valoir est dérisoire. Il n’est même pas, la plupart du temps, un travail parmi d’autres mais souvent un luxe que l’on peut se permettre à condition d’avoir une activité alimentaire suffisante à côté. Certes, les travaux alimentaires permettent de sortir sainement de la littérature, de garder un certain équilibre et un lien avec le monde extérieur mais s’ils sont trop prenants mentalement ou chronophages, ils deviennent contraignants.

(c) Sophie Adriansen

(c) Sophie Adriansen

L’écrivain Ariane Charton s’est spécialisée dans l’étude de la littérature du XIXe siècle et particulièrement de l’époque romantique. Elle a commencé par une biographie de l’écrivain Roger de Beauvoir (1807-1866) qui peut-être un jour paraîtra. Elle a signé trois pièces radiophoniques pour France Inter (2003-2005), une anthologie, Cher papa, les écrivains parlent du père (JC Lattès, 2005), un roman consacré à la dernière maîtresse de Chateaubriand, Le Roman d’Hortense (Albin Michel, Prix littéraire de la ville de Mennecy 2010), des biographies d’Alfred de Musset (Gallimard, coll. Folio biographies, 2010) et de Debussy (Gallimard, coll. Folio biographies, 2012) et a établi l’édition de la correspondance amoureuse entre Marie Dorval et Vigny (Lettres pour lire au lit, Mercure de France, coll. Le Temps retrouvé). Elle publie en 2014 une biographie d’Alain-Fournier (Folio Biographies), les Lettres à Jeanne, correspondance entre Alain-Fournier et Jeanne Bruneau (Mercure de France, coll. Le Petit Mercure), un Petit éloge de l’héroïsme à travers des écrivains de la Grande Guerre (Folio Gallimard) et Le Goût de la musique (Mercure de France).
Outre ces travaux de longue haleine, elle collabore au site www.myboox.fr et au magazine trimestriel l’Arche, et de façon plus alimentaire travaille comme correctrice et rédactrice en freelance dans le domaine de la presse et la communication.

 

L'Auteur

Sophie Adriansen

Sophie Adriansen est l’auteur d'une quinzaine d'ouvrages en littérature générale et jeunesse ainsi qu'en non-fiction. Elle a signé deux biographies, cosigné des témoignages et été formée à l’écriture de scénario à la Fémis. Elle tient depuis 2009 le blog de lecture Sophielit. Derniers ouvrages parus : Max et les poissons (Nathan, 2015) et Naître et grandir en musique (Télémaque, 2016) http://www.sophieadriansen.fr

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