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Voyage au bout du livre #4 : L’accompagnement éditorial, du manuscrit à l’objet-livre

SA voyage au bout du livre

L’accompagnement d’un texte commence dès sa version manuscrite mais va bien au-delà du seul travail éditorial. Rencontre avec Claire Besset, une jeune éditrice qui a fait de l’accompagnement des auteurs et de leur production son métier, et qui livre avec son expérience une boîte à outils pour les écrivains débutants.

L’éditeur, c’est celui qui est à l’écoute

En littérature, ou en tout cas, dès lors qu’on a affaire à un auteur (c’est différent, naturellement, lorsqu’on publie des livres pratiques ou du scolaire), c’est essentiellement un travail d’accompagnement. Il y a bien sûr tout le travail sur le texte, qui est une matière d’autant plus brute que l’auteur est inexpérimenté, et sur tous les à-côtés (couverture, quatrième, promotion, surtout si l’on travaille avec une petite maison d’édition), mais aussi le travail avec l’auteur, le lien qu’on va nouer avec lui. L’auteur, et le romancier en particulier, est souvent affectivement très attaché à son travail ; bien souvent il en a bavé pour produire son récit et parfois, ça peut être un peu difficile d’entendre qu’il faut changer tel ou tel passage. L’éditeur, c’est donc celui qui est capable de parfaire un texte et d’être à l’écoute de son auteur.

De l’importance de la forme et des à-côtés d’un roman

Pour moi, la forme est très importante. Qu’on le veuille ou non, avant d’être le réceptacle d’une histoire ou un vecteur d’idées, le livre est un objet vers lequel on se dirige dans une librairie. C’est peut être la graphiste qui parle, mais si je trouve la couverture moche (et par là j’entends avant tout peu soignée, brouillonne ou avec une image de mauvaise qualité), j’aurai du mal à aller plus loin. Et c’est peut-être la correctrice qui parle, mais si je vois une faute d’orthographe, ce sera rédhibitoire.

Claire BessetQuand on reçoit des manuscrits, c’est un peu la même chose. Évidemment, on n’attend pas d’un auteur qu’il soit capable à lui tout seul de reproduire tout le processus éditorial, mais si la couverture du manuscrit est hyper-kitsch, que le titre est en WordArt ou qu’il y a une faute d’orthographe dès la lettre de présentation, on part avec un apriori négatif.

En amont de la publication du livre, la rédaction des documents qui promeuvent le livre est capitale. Il est nécessaire de prendre du recul quand on écrit une quatrième de couverture : ne pas réfléchir en tant qu’auteur, mais en tant que lecteur. Non pas « qu’est-ce que j’aime dans mon bouquin », mais « qu’est-ce qui, dans mon livre, attirerait mon attention (en moins de dix secondes, donc) ». Le maître-mot, c’est donc : concision. Être bref, mais dense. Pour l’argumentaire de vente, c’est un peu différent, on s’adresse à des gens qu’on doit certes séduire, mais qui sont également là pour vendre le livre (représentants, libraires). L’argumentaire a donc la double fonction de susciter l’envie et de fournir des clés pour parler du livre, pour le faire aimer, pour le vendre. Il doit donc être plus long, mais tout aussi dense et a également une dimension plus directement commerciale.

Écrivez sans peur d’être jugé ; n’écrivez pas pour être lu, n’écrivez pas pour être aimé, et surtout, n’écrivez pas pour être publié. L’important, c’est de faire

Je vais vous citer quelque chose que m’a dit un jour une amie (une excellente éditrice, par ailleurs) et qui m’a énormément marquée, aussi simple et bête que ça puisse paraître : « L’important, c’est de faire ». Écrivez sans peur d’être jugé ; n’écrivez pas pour être lu, n’écrivez pas pour être aimé, et surtout, n’écrivez pas pour être publié. S’il faut que ça sorte, faites-le sortir. Celui qui écrirait chaque jour, toute sa vie, le même mot sur les pages d’un carnet serait plus écrivain que celui qui a une idée géniale mais qui n’a jamais écrit une ligne.

Vous finalisez un manuscrit ? Soyez obnubilé par votre texte. Prenez de la distance. Ne négligez pas la forme. Faites-vous relire par des gens sans complaisance. Choisissez méticuleusement les maisons auxquelles vous adresserez votre manuscrit. Lisez beaucoup.

 

Titulaire d’un master d’édition et formée en studios graphiques, Claire Besset est éditrice, correctrice et graphiste freelance depuis plus de 3 ans. Elle travaille ou a travaillé pour, entre autres, les éditions Intervalles, Hachette jeunesse, Delcourt, La Bibliothèque Rose et La Bibliothèque Verte, First éditions.
http://www.clairebesset.com/

L'Auteur

Sophie Adriansen

Sophie Adriansen est l’auteur d'une quinzaine d'ouvrages en littérature générale et jeunesse ainsi qu'en non-fiction. Elle a signé deux biographies, cosigné des témoignages et été formée à l’écriture de scénario à la Fémis. Elle tient depuis 2009 le blog de lecture Sophielit. Derniers ouvrages parus : Max et les poissons (Nathan, 2015) et Naître et grandir en musique (Télémaque, 2016) http://www.sophieadriansen.fr

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2 Commentaires

  1. Bonjour,

    Comment faire pour contacter directement cette personne ? Est-ce possible d’obtenir ses coordonnées ?

    Sinon bel article bravo 😉

    Lisa


  2. Bonjour

    J’ai écouté avec précautions les propos des deux éditeurs sur les textes qui leurs ont été proposés. C’est tout à fait ça! on remarque qu’un texte tel qu’il soit est toujours imparfait même après plusieurs années de maturation , de correction etc… et il fait l’accepter! L’auteur est définitivement un être imparfait qui conjugue son talent au même temps. Les éditeurs quant à eux devraient écrire plus et parler moins…Sans doute une question de sagesse et d’acceptation profonde d’une qualité bien humaine. L’imperfection!