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Voyage au bout du livre #9 : Construire une marque jeunesse au sein d’un grand groupe de littérature

SA voyage au bout du livre

Comment démarrer un catalogue ex-nihilo ? Comment s’adapter aux goûts des petits lecteurs d’aujourd’hui ? Quelle relation bâtir avec les auteurs ? En littérature comme dans d’autres domaines, lancer une nouvelle marque est un défi. Rencontre avec Aude Sarrazin, éditrice jeunesse, qui vient d’intégrer un grand groupe pour y construire une marque dédiée aux enfants.

Une marque « en mode start up » au sein d’un grand groupe

Je suis arrivée en septembre dernier chez Place des éditeurs pour développer le catalogue d’une nouvelle maison d’édition de fiction jeunesse pour les 8/12 ans. La direction générale de Place des éditeurs, appartenant au groupe Editis, et regroupant des marques comme Belfond, Presses de la Cité ou encore Lonely Planet et Solar, avait pour volonté de se développer sur ce secteur très dynamique.

FLYkidHD_logo+CLAIMC’est donc sous la direction d’Anne-Laure Aymeric, directrice du pôle Littérature, que j’ai commencé il y a maintenant 7 mois à réfléchir à la ligne éditoriale de cette nouvelle maison, que nous avons baptisée Slalom et dont les premiers titres paraîtront en mai prochain.

En lien avec l’équipe marketing et commerciale et la directrice de la communication, nous avons établi les grands axes de développement de la maison et je suis allée dès le mois d’octobre, un mois pile après mon arrivée, à la foire de Francfort pour sonder les offres sur le marché international, en parallèle du développement des premières créations avec des auteurs français.

Nous avons travaillé sur le lancement de la marque « en mode start up » avec l’immense privilège d’être soutenus par un groupe reconnu et très bien implanté. J’ai tout de suite senti le dynamisme, la volonté et l’enthousiasme de l’ensemble de l’équipe pour ce formidable projet. Je ne connaissais personne en arrivant, je venais d’autres groupes d’éditeurs auparavant et j’ai été recrutée de manière très classique, mais nous avons très vite trouvé une manière harmonieuse et efficace de travailler ensemble.

Un coup de cœur pour une écriture, une voix, une personnalité motive nos choix

Les éditions Slalom ont un objectif à la fois très simple et très ambitieux : donner le goût de lire aux enfants de 8 à 12 ans, dans leur diversité. C’est pour cette raison que nous avons choisi de nous positionner sur la fiction, sans sous-segmentation d’âge ou de genre. La ligne éditoriale de Slalom est résolument ouverte pour proposer aux enfants de 8 à 12 ans des livres qui leur parlent, au plus près de leurs centres d’intérêt. Aventure, émotion, frissons, fantastique, humour… chaque lecteur trouvera dans notre catalogue l’écho de ce qui le fait vibrer !

Les deux premiers titres publiés par Slalom (mai 2016)

Les deux premiers titres publiés par Slalom (mai 2016)

Nous voulons prouver aux enfants, très sollicités par toutes sortes de divertissements, que la lecture peut être aussi grisante, aussi addictive qu’une bonne série, que leur jeu vidéo préféré !

Nous avons construit le catalogue en accueillant des projets qui correspondent à cette diversité de nos jeunes lecteurs : une série fantastique, une fan fiction, une fiction sur l’adolescence, une série humoristique très illustrée, une histoire dans l’univers des vlogs…

C’est avant tout un coup de cœur pour une écriture, une voix, une personnalité, qui motive nos choix : le texte, et son auteur.

En ce qui concerne l’identité visuelle, une fois le nom choisi (ce qui n’a pas été une mince affaire…), nous avons confié cette tâche à un directeur artistique qui nous a proposé plusieurs pistes. Nous voulions une identité visuelle simple mais forte, qui reflète cette idée de « parcours » de lecteur, de mouvement.

Avec nos auteurs, un objectif commun et une vraie responsabilité 

Après 16 ans dans ce métier, je reste passionnée par les rencontres avec les auteurs, par ce travail main dans la main au service d’un texte que l’on souhaite le plus abouti et réussi possible. Les étapes de relecture, les discussions autour d’une structure de récit, d’une phrase, d’un mot parfois, l’accompagnement des textes parus, leur présentation graphique composent une activité dont je me réjouis chaque jour de la richesse et de la créativité.

Etre le lien entre un auteur et ses lecteurs, relayer une voix, défendre un texte, c’est ce qui me motive le plus dans ce métier !

Avec nos auteurs, nous avons un objectif commun et une vraie responsabilité : donner le goût de lire aux jeunes, leur offrir cette porte ouverte incroyable sur le monde, sur les idées, sur les émotions. Je me suis moi-même intéressée à la lecture tardivement, grâce à mon grand frère qui m’avait mis dans les mains Knock de Jules Romain, le virus était pris et ne m’a jamais quittée ! Aujourd’hui, en tant qu’éditrice jeunesse, j’ai la chance de pouvoir jouer ce rôle de passeur, et j’en suis très heureuse.

Avec Slalom, ma fonction d’éditrice est remplie à 100% car il s’agit de construire en bonne intelligence avec des auteurs que nous aimons et soutenons une nouvelle offre et de l’inscrire dans la durée. Tous nos choix, toutes nos interventions sont tournés vers un objectif unique : remplir la promesse de la lecture plaisir.

La première motivation de l’écrivain est souvent d’écrire ce qu’il aurait aimé lire

Dans le cas de projets en développement, pour accompagner les auteurs d’aujourd’hui et de demain, la « méthode » est la même : se rendre disponible pour discuter de l’idée, du projet dans son ensemble, et échanger.

Une fois les grandes lignes établies, le travail d’écriture à proprement parler commence, c’est un travail solitaire pendant lequel l’auteur a besoin d’avancer de son côté. Bien sûr, je reste à l’écoute des questionnements qui peuvent surgir à ce moment-là. Il m’arrive régulièrement de lire les premières pages d’un ouvrage en cours d’écriture pour discuter avec l’auteur du ton, de la structure globale. Les premières pages, les premières lignes d’un roman jeunesse sont fondamentales : pour « attraper » le lecteur, lui donner envie d’entrer en lecture, il faut une écriture très efficace, percutante, immédiate.  Le tempo est primordial.

Quand il s’agit d’une série notamment, il me semble important de poser la structure globale des romans, leur articulation en amont. C’est un travail qui peut prendre un peu de temps mais il est fondamental pour assurer une bonne cohérence et surtout la structure narrative, le rythme qui va tenir nos lecteurs en haleine.

(c) Michaël Terraz

(c) Michaël Terraz

Je n’ai pas d’autre conseil à donner à ceux qui n’osent pas se lancer dans l’écriture que d’oser, d’ « essayer », de se prendre au jeu. Souvent, la première motivation de l’écrivain, c’est d’écrire quelque chose qu’il aurait aimé lire. Il n’y a pas de règles, certains ont besoin de repasser plusieurs fois sur leur texte, passant par de nombreuses phases de réécriture, d’autres écrivent parce que « ça déborde », de manière très fluide. La vraie question à se poser est peut-être : pourquoi pas ?

Après un DEA de lettres à la Sorbonne, Aude Sarrazin a passé 8 ans chez Magnard, côté parascolaire. Ensuite responsable éditoriale chez Albin Michel Licences, directrice éditoriale chez Auzou puis éditrice free lance notamment pour Le Seuil-La Martinière, Larousse, Oskar, Fleurus, elle a rejoint Place des éditeurs en septembre 2015pour la création de Slalom.

 

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L'Auteur

Sophie Adriansen

Sophie Adriansen est l’auteur d'une quinzaine d'ouvrages en littérature générale et jeunesse ainsi qu'en non-fiction. Elle a signé deux biographies, cosigné des témoignages et été formée à l’écriture de scénario à la Fémis. Elle tient depuis 2009 le blog de lecture Sophielit. Derniers ouvrages parus : Max et les poissons (Nathan, 2015) et Naître et grandir en musique (Télémaque, 2016) http://www.sophieadriansen.fr

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