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Bruno Tessarech : « Ecrire, c’est aussi ne pas arriver à écrire ».

Propos recueillis par Pauline Le Gall – Le 31/01/2013 pour www.evene.fr

 

Du 21 au 24 mars, la Fondation Bouygues Telecom, en partenariat avec Evene, organise la deuxième édition de son Labo de l’écriture. Douze personnes passeront quatre jours avec l’écrivain Bruno Tessarech pour apprendre les rudiments du métier. Jusqu’au 7 février, tous les passionnés d’écriture, n’ayant jamais été publiés, peuvent envoyer leurs candidatures à la Fondation. Foncez !

Les ateliers d’écriture ont le vent en poupe en France. Enfin. Longtemps, dans l’inconscient collectif, les wannabe écrivains devaient ressembler des êtres solitaires et torturés accouchant leur chef d’œuvre dans la douleur et dans une chambre de bonne. Bruno Tessarech est parmi ceux qui refusent cette vision romantique et archaïque.  Auteur d’une dizaine de romans (Les grandes personnesLes Sentinelles) et animateur depuis une quinzaine d’années d’ateliers d’écriture à l’américaine. Où il apprend aux jeunes auteurs à vaincre la page blanche et à construire une histoire. Particulièrement fier de rempiler pour une deuxième année à la tête du Labo d’écriture de la Fondation Bouygues Telecom, qui se tiendra du 21 au 24 mars, il est aussi le président du prix Nouveau Talent. Un prix qui permet de trouver tous les ans une maison d’édition pour le manuscrit de quelqu’un qui n’a jamais publié. Rencontre avec un ennemi de la page blanche.

Les ateliers d’écriture semblent devenir populaires en France. On trouve même un cours d’écriture à l’université Paris 8…

Je pense que c’est une très bonne chose. Par contre, je ne suis pas sûr que ce soit si populaire que cela, même si on en parle beaucoup. Il n’y a pas énormément de gens qui sont candidats. Je connais des ateliers d’écriture qui périclitent. Cette semaine, je donne un atelier en milieu scolaire, que je trouve très intéressant, mais j’observe que dans les milieux du collège et lycée c’est en perte de vitesse. C’est essentiellement pour des raisons financières.

Aux Etats-Unis, ils fonctionnent très bien…

Bruno Tessarech lors de l'atelier 2012

Bruno Tessarech lors de l’atelier 2012

Oui parce qu’aux Etats-Unis, ils sont bien intégrés à un cycle d’études supérieures.

Vous seriez pour un cursus universitaire d’écriture en France ?

Aux Etats-Unis, ces ateliers de troisième cycle sont souvent animés par des écrivains professionnels et non par des universitaires. Je trouve que c’est très précieux que des jeunes gens qui font des études de lettres soient en contact avec des professeurs mais aussi avec des transmetteurs, qui pratiquent cette profession. Ils passent le flambeau aux plus jeunes. Si on faisait en France des ateliers d’écriture avec des professeurs, je ne pense pas que cela aurait beaucoup d’intérêt. L’intérêt de l’école américaine, c’est que ces ateliers sont animés par des écrivains de grand prestige.Qu’avez-vous à transmettre aux jeunes auteurs qui participeront à l’atelier de la Fondation Bouygues Telecom ?

Ce qu’il y a d’intéressant, c’est de redonner confiance aux personnes et de lever un certain nombre de tabous. Une chose que je dis souvent, c’est qu’il faut accepter de ne pas arriver à écrire, de perdre du temps, de reprendre… Cette simple phrase lève une grande anxiété chez les gens qui se répètent « je n’y arrive pas ». Écrire, c’est ne pas arriver à écrire ! Mais c’est aussi, de temps en temps, y parvenir. Moi je me dis aussi de ne pas m’angoisser quand je n’arrive pas à écrire.

Concrètement, comment vont s’articuler ces ateliers ?

Atelier 2012 au Salon du Livre de ParisJe vais aider les participants à réfléchir sur la construction d’un personnage, sur la façon de mener des dialogues. Il faut apporter des éclairages sur des points concrets. Comment trouver un lieu, comment commencer une scène et l’arrêter… C’est cela qu’il faut leur montrer. La plupart ont déjà la motivation nécessaire et un minimum d’expérience. Il faut juste compléter leur boîte à outils. C’est expérimental comme travail, il faut voir ce dont ils ont besoin pour avancer dans leur écriture. C’est un travail d’acupuncteur : il faut trouver les points où ça bloque et libérer l’énergie sur ces points là.

Les inscriptions ont commencé, qu’attendez-vous des candidats qui vont postuler ?

Mon critère, c’est la flamme, la passion que je sens chez la personne. L’écriture est une histoire de désir. Si je sens que les gens qui candidatent sont habités par l’envie d’écrire, c’est ce qui me donne envie de les sélectionner. C’est toujours très fort. Je n’aime pas les candidatures trop sérieuses, ceux qui me disent qu’ils sont déjà sur plusieurs projets me font peur. On demande aussi aux candidats de nous dire ce qu’ils lisent. Je vais vous surprendre mais il y a des listes qui nous font peur. Quand les gens ont tout lu, le Lagarde et Michard du Moyen-âge à nos jours, ça nous inquiète. Est-ce que c’est ça l’écriture, la somme des connaissances ? Je ne suis pas sûr. Quand on a l’impression que les gens confondent l’atelier d’écriture à la préparation à l’agrégation de lettres classiques, ça ne nous plaît pas. Il faut beaucoup de passion, mais ce n’est pas du côté d’un énorme savoir que ça va se jouer.

L'Auteur

Dorothée Corbier

Déléguée générale adjointe de la Fondation Bouygues Telecom, j'anime avec Céline le programme Nouveaux Talents.

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3 Commentaires

  1. Le dernier atelier d’écriture est terminé depuis longtemps… A quand le prochain? Pitié ne m’oubliez pas ce jour-là, parce qu’écrire, ça fait quarante ans que je crève de ne pas oser le faire, et j’en suis à me dire que c’est une question de vie ou de mort. Et comme je n’ai pas du tout l’intention de mourir, je n’ai plus le choix: il faut que j’ose!


    • Bonjour Catherine,

      Merci de votre enthousiasme et soyez assurée que pour le prochain atelier, c’est sur ce site que vous trouverez toutes les infos en temps et en heure.

      bonne soirée

      Dorothée


  2. Nostalgie… Moi, j’aimerais bien reprendre des cours avec Bruno! Et si je prétends avoir égaré mes cours de l’année dernière, c’est possible?

    Eh oui, toujours envie d’apprendre. Et de se rassurer sur le grand vide qui parfois assaille toute personne qui aspire à écrire. Comme j’envie les nouveaux élus! Petits veinards… :)

    Céladon