Conseils d’écriture

Comment trouver l’inspiration ? par Agnès Niedercorn

Comment trouver l’inspiration quand on veut écrire une fiction ? Qu’est-ce que l’inspiration d’abord ? Un coup d’œil dans le dictionnaire Larousse me confirme qu’il s’agit de l’« enthousiasme, du souffle créateur qui anime l’écrivain, l’artiste, le chercheur. » Effectivement, elle est pour moi synonyme d’envie de raconter une histoire. Le moteur qui me pousse est, avant tout, le souhait de progresser dans l’intrigue et d’observer mes personnages prendre vie, grandir pour me surprendre.

Cela dit, cet enthousiasme n’a rien d’une lampe qu’on allume à l’aide d’un interrupteur. C’est bien tout le problème. Il n’est pas là à nous attendre avec un joli sourire et une caresse dans le dos pour nous encourager. Il nous pose même systématiquement des lapins. Il se planque, joue les discrets, les modestes, préférant céder la place à l’impérieuse nécessité que l’on ressent de lancer une lessive, de taper sur Allociné pour regarder toutes les bandes-annonces pendant trois heures, d’aller faire un tour chez Virgin car c’est tout près de la maison et que j’y croise souvent du monde, de couper les fleurs fanées des jardinières parce que c’est vraiment pas joli, de se vautrer sur le canapé devant Les feux de l’amour en se persuadant que ça nous mettra en condition pour travailler, de se couper les ongles des pieds ou de téléphoner à une amie que l’on n’a pas vue depuis longtemps et à qui ça va faire super plaisir.

L’enthousiasme est très poli, humble et laissera toujours passer nos envies primaires avant lui. Le seul moyen donc, de trouver l’inspiration, c’est de la prendre par la peau des fesses et de la coller devant son ordinateur.  De s’assoir à son bureau sans état d’âme. Sans se poser de question. Sinon, on est cuit.

Une fois qu’on a réussi ce tour de force. Oui c’est un tour de force pour ce qui me concerne car je sais pertinemment que je vais souffrir et transpirer au début. J’ai du mal à m’y mettre, surtout quand je me suis arrêtée plusieurs jours pour cause de glissade paresseuse dans le quotidien. Mais, si j’y arrive néanmoins, c’est que la course de fond dans laquelle je me lance peut être belle. L’inspiration est donc synonyme d’envie. Celle de bâtir une histoire. Laquelle ? Les idées jaillissent de plusieurs sources : lieu, phrases entendues dans la rue, sentiment personnel, actualité, rêve… Quel que soit le sujet, il faut qu’il me touche, me parle, me blesse, me bouscule, trouve un écho en moi, positif ou négatif. Actuellement, le texte sur lequel je travaille se déroule en partie dans un lieu précis. Je n’y pensais plus depuis des années, je l’avais même enfoui au fond de ma mémoire. Mais un jour, j’ai eu un flash… L’image de cet endroit m’a sauté à la figure et ce fut mon point de départ. Comme une évidence. Je tenais mon cadre. En réalité, j’avais déjà l’idée du personnage, auparavant, et de ses problèmes, mais il était comme « flottant ». Le lieu m’a permis de l’ancrer dans la réalité, de lui donner vie.

Je passe beaucoup de temps à construire l’intrigue et je connais la fin de l’histoire, même si je ne détiens pas toutes les ficelles quand je commence à écrire. Quand j’ai imaginé Idylles, mensonges et compagnie, ma source d’inspiration au départ (influencée par l’obligation d’intégrer des SMS à la trame narrative) fut l’amitié, et ce qu’elle représente quand on est adolescent. L’idée initiale peut être, aussi, un désir profond, totalement irréalisable !

Ainsi, dans l’hypothèse où je reste assise, concentrée sur mon sujet, l’inspiration demeurera avec moi, s’épanouissant au fil du temps, généreuse, m’ouvrant l’esprit sur des terrains nouveaux dont j’ignorais l’existence une heure plus tôt quand j’étais sous la douche. Elle peut même, certaines fois, m’offrir de grands moments d’exaltation. Même si je m’en méfie, car ceux-ci se traduisent souvent, la nuit, par une insomnie et, comme Pénélope, je détricote mes chapitres en me disant que « c’est trop nul ». Là, c’est mon compagnon le doute qui fait, alors, correctement son travail de remise en question.

Attention également, l’inspiration peut se révéler extrêmement volatile. Il me faut parfois la rattraper de justesse par le gros orteil pour taper aussitôt ce qu’elle m’a soufflé. Au risque de la voir se tirer aussi sec, me faisant même oublier le fait qu’elle était à mes côtés deux secondes plus tôt.

L’inspiration, je dois la tenir en laisse constamment. C’est un chat sauvage qui ne demande qu’à foutre le camp.

Retrouvez Agnès Niedercorn sur le blog www.histoiresdeportables.com

Elle a remporté le Prix Nouveau Talent 2010 avec son 1er roman Idylles, mensonges et compagnie. Vous pouvez également suivre l’auteur sur sa page Facebook.

Sur le même sujet, voir aussi le billet de Coline Lemeunier A muse et moi.

L'Auteur

Dorothée Corbier

Déléguée générale adjointe de la Fondation Bouygues Telecom, j'anime avec Céline le programme Nouveaux Talents.

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1 Commentaire

  1. Si l’inspiration était en vente libre dans les supermarchés, cela se saurait.

    Dés lors, nous serions tous aisément (et à bon compte) de fins inspirés dotés de la prétention de devenir les meilleurs de la catégorie : architecte, plombier, designer, infirmier, écrivain, manutentionnaire… Parce que l’inspiration ne se prête pas qu’à la seule activité artistique. Ne dit-on pas « qu’untel a été bien inspiré de… » ? Et ce qu’untel a fait ne consiste pas obligatoirement en un chef d’œuvre de la peinture ou de la sculpture, voire de la littérature. Non.

    Il peut s’agir d’une toute petite chose, mais qui à cet instant précis de nos existences semble être frappée au coin du bon sens. Aussitôt, chacun s’en veut de ne pas y avoir songé par lui-même auparavant, non sans un réflexe premier (primaire) d’une vague jalousie teintée d’agacement.

    Tiens, prenons l’exemple du trombone. Il a bien fallu qu’un gus soit suffisamment inspiré pour aller tordre un fil de métal de cette étrange façon pour être pris ensuite d’un éclat de génie et marier deux feuilles dans l’entrebâillement dudit fil malmené. Bien malin qui pourra dire le nombre de milliards de trombones qui existent actuellement sur terre…

    Mais l’inspiration, nous l’avons tous en nous. Et de toute façon, tout a déjà été écrit. Il serait sage de faire le deuil de l’originalité. Mais combien de fois avons-nous, écrivaillon en herbe (moi) ou écrivaine patentée (vous), entendu parmi nos proches, à la fin d’un soporifique repas de famille : « Ah, si j’avais ta plume, j’en écrirais des histoire parce que des idées, j’en ai ! ». Et gnagnagna, et gnagnagna… A vous dégoûter de toucher un stylo pendant trois jours.

    Car l’inspiration n’est que le paravent du tourment de chaque être humain et que l’on appelle tout l’expiration.

    L’inventeur du trombone savait ce qu’il voulait fabriquer sans savoir de prime abord à quelle matière, à quelle forme ni à quel espacement il allait devoir recourir. Ce concepteur percevait ce qu’il allait faire, mais il ignorait comment il allait s’y prendre pour le matérialiser de même qu’il devait nourrir la crainte de ne pas être en mesure de traduire ce que son esprit avait projeté. Eh bien pour celui ou celle qui prétend écrire/coudre/marteler/fondre/ciseler etc…, c’est pile-poil le même embarras. Et toc. Même que d’abord, na !

    Le problème n’est donc pas de savoir ce que l’on veut raconter mais comment le raconter. Et c’est ce « savoir comment raconter » que j’ai baptisé « l’expiration ».

    Car s’il n’est pas difficile d’imaginer une histoire pour en faire une nouvelle, un roman, une saga en cinq tomes (regardez les gens évoluer dans la rue et dans un café, et hop, c’est parti!), qu’il est cruel de trouver les mots pour l’écrire. Et quand je dis cruel, le terme est faible. C’est un calvaire. Doux, certes, mais un calvaire quand même. Ne pas être en mesure de traduire des é(mot)ions quand on aspire à s’en défaire est une cause d’étouffement plus grave qu’on ne le croit (les psychiatres en savent quelque chose). Le sang s’échauffe, on devient odieux pour l’entourage, les injures volent sous le regard indifférent de votre esclave boutonneux et muet, le clavier.

    Ne pas trouver l’inspiration serait donc la peur de ne pas savoir se traduire aux autres, l’affront épouvantable d’engendrer l’incompréhension. Et comme Madame Niedercorn, en pleine rédaction d’un texte, je suis souvent terrassé par une envie folle d’aller récurer ma salle de bains parce que j’hésite entre deux synonymes (et que je suis incapable de trancher et qu’il s’agit bien évidemment d’une question de vie ou de mort… Ca vous fait marrer ? Pas moi). Alors forcément, j’y réfléchis à deux fois. Avec du Cif ammoniacal entre les doigts.

    Et puis expirer, c’est également, s’éteindre, mourir. Or les plus belles histoires ne sont-elles pas celles en devenir, les impalpables, les insaisissables ? La frustration que cause l’absence d’inspiration ne serait-elle pas un simple réflexe de survie grâce à la certitude de tous les possibles ?