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Ecriture, écritures #5 : Des voyages qui deviennent la matière de « romans sans fiction »

SA ecriture

Reporter, Guillaume Jan a publié deux récits de voyage et un roman, tous basés sur des expériences de voyage. Le Baobab de Stanley met en scène un Breton qui traverse l’Afrique d’est en ouest, en claquettes, en moto ou en pirogue sur le fleuve Congo ; Le Cartographe est un roman d’errance dans les Balkans ; Traîne-savane croise une histoire d’amour couronnée par un mariage chez les Pygmées et le récit d’un voyage sur les traces de l’explorateur David Livingstone. Rencontre.

Je suis devenu journaliste pour continuer de me promener tout en gagnant ma vie

Guillaume Jan (copyright Jeromine Derigny Argos)

Guillaume Jan (copyright Jeromine Derigny Argos)

J’étais journaliste depuis une douzaine d’années quand j’ai écrit mon premier livre, Le Baobab de Stanley. J’ai d’abord aimé voyager, à partir de 17 ou 18 ans, j’ai commencé par faire des escapades en Bretagne, d’où je suis originaire, puis en France, puis dans toute l’Europe, jusqu’en Ukraine. J’ai alors été attiré par le journalisme, en me disant que ce serait un bon moyen de continuer de me promener dans le monde tout en gagnant ma vie. Et j’ai découvert que j’aimais raconter des histoires, celles des gens que je rencontrais pour mes articles, mais aussi des histoires moins liées avec l’actualité, plus universelles. J’étais mûr pour écrire des livres.

Réflexe de journaliste, je prenais des notes, sans trop savoir ce que j’en ferais

baobab-stanleyEn 2007, le magazine qui m’employait a fermé. J’avais du temps devant moi, j’ai investi l’argent de mes indemnités de licenciement dans une traversée de l’Afrique, de l’océan Indien jusqu’à l’océan Atlantique. Ce voyage n’a pas été facile, il a fallu franchir ou contourner plusieurs difficultés, mais je l’ai surtout trouvé exaltant de bout en bout, par les gens que j’ai rencontrés et les paysages traversés, que ce soit la savane tanzanienne ou la jungle congolaise. Réflexe de journaliste, je prenais des notes au stylo bic sur mon carnet à spirales, sans trop savoir ce que j’en ferais. À mon retour, j’avais assez de matière pour écrire un livre, mais je ne savais pas si j’en serais capable. Un ami m’a suggéré de rencontrer les éditions François Bourin, qui lançaient justement une collection sur l’Afrique, nous avons discuté de ce que pourrait être le livre et nous avons signé un contrat assez vite, avant même que je termine de l’écrire, en fait.

Que l’on écrive un récit ou une fiction, le travail de construction du livre est le même

le-cartographeJ’ai commencé à rédiger Le Cartographe dans la foulée du Baobab de Stanley. Je voulais me servir de toutes mes pérégrinations en Europe centrale et j’étais curieux d’en faire une fiction. Que l’on écrive un récit ou une fiction, le travail de construction du livre est le même, à mon avis. L’intérêt de la fiction est de pouvoir laisser toute la place à son imagination. Et on découvre que l’imagination n’a pas de borne : c’est fascinant mais on peut s’y perdre également. Alors que dans les récits, on fait peut-être davantage appel à la mémoire, aux sensations. Bon, dans les deux cas, qu’il s’agisse de fiction ou de non fiction, je considère que l’écriture est un travail romanesque. Beaucoup de récits me font vibrer tout autant que les romans de fiction. Et, inversement, beaucoup de textes de fiction sont très proches de faits réels.

Traîne-Savane est un roman sans fiction, de la littérature du réel

traine-savaneJe ne sais pas où est la frontière entre récit, auto-fiction ou fiction, et à vrai dire je ne m’intéresse pas tellement à ces catégorisations. Les deux histoires que j’entremêle dans Traîne-Savane – mon mariage impromptu dans la jungle congolaise et la vie picaresque de l’explorateur David Livingstone – me semblaient suffisamment originales ou intéressantes pour les raconter au plus vrai. Mais, en fait, à y repenser, j’ai l’impression d’en avoir fait un roman. En tout cas, j’ai construit le livre à la manière d’un roman. C’est un roman sans fiction. Je crois que les anglo-saxons parlent de littérature du réel, quelque chose comme ça, c’est vers là que se situe peut-être mon écriture.

 

Guillaume Jan est né en 1973. Journaliste et écrivain (grand reporter dans la presse magazine française, co-auteur de L’Almanach des voyageurs), il a vécu plusieurs années en Afrique et vit aujourd’hui à Paris avec sa femme, une congolaise rencontrée et épousée en pays pygmée, et leurs deux enfants.

Il a publié Le Baobab de Stanley (Bourin, 2009 et Le Livre de poche, 2016), Le Cartographe (Intervalles, 2011) et Traîne-Savane (Intervalles, 2014 et Le Livre de poche, 2015).

 

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L'Auteur

Sophie Adriansen

Sophie Adriansen est l’auteur d'une quinzaine d'ouvrages en littérature générale et jeunesse ainsi qu'en non-fiction. Elle a signé deux biographies, cosigné des témoignages et été formée à l’écriture de scénario à la Fémis. Elle tient depuis 2009 le blog de lecture Sophielit. Derniers ouvrages parus : Max et les poissons (Nathan, 2015) et Naître et grandir en musique (Télémaque, 2016) http://www.sophieadriansen.fr

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