A la une

« Journal d’un écrivain en pyjama », Dany Laferrière

lire_pour_mieux_ecrire

Il faut toujours se méfier des conseils d’écrivains. L’écrivain travaille pour sa gloire, il n’oublie jamais d’enfiler son costume d’Auteur avant de parler de son travail. Alors qu’en réalité, le plus souvent, il écrit en pyjama. Voilà pourquoi, parmi la foule de livres de conseils, je pencherais volontiers pour celui de Dany Laferrière.

Ce Journal d’un écrivain en pyjama se présente sous la forme de courtes chroniques, entre confessions littéraires et conseils à un écrivain débutant. Sans jamais jouer au professeur, l’académicien Laferrière joue de son énergie, de son humour et de son art de la métaphore pour passer ses messages.

Son projet ? Faire entrer son lecteur dans la « salle des machines » de l’écrivain – depuis l’étincelle créatrice jusqu’aux dernières révisions. Il parle pêle-mêle de l’inspiration, du courage de s’exposer, de l’art du rythme ou du dialogue, ou encore de l’usage toujours délicat des adjectifs (« plus vous ajoutez de qualificatifs, moins on vous croit »).

Du plaisir d’écrire

2015_Billet 1 - Laferriere« Je remarque que chaque fois qu’un écrivain parle en public du travail littéraire, il évoque des scènes apocalyptiques dans une chambre de torture. Quand on le croise dans l’intimité, le ton est nettement à l’opposé, il ne semble se souvenir que du plaisir fou qu’il prend à écrire. »
Dans mes bras, Dany ! L’image d’Epinal a imposé la figure de l’écrivain-martyr, et le mythe de la douleur d’écrire comme seule capable d’engendrer de la vraie littérature.
Mais écrire, c’est aussi une joie – et heureusement ! Des joies, plutôt, très diverses et parfois un peu perverses. Un peu plus loin, d’ailleurs, Laferrière fait le point sur ces heures difficiles où rien ne vient :
« Parfois le plaisir vient du fait qu’on a continué à chercher malgré la douleur […] Parfois on reste assis sans rien faire, on insiste et c’est pire. Parfois, soudain, on se lève et ça vient, l’air devient plus léger et les doigts dansent sur le clavier. » Et hop.

De l’art de lire

« Tout lecteur n’est pas obligé d’écrire. Mais tout auteur est d’abord un lecteur. »
L’académicien parle ainsi par petites touches de l’acte d’écrire, mais aussi de l’art de lire.
Car c’est bien en lisant qu’on devient écrivain. Et de même qu’un peintre apprend son art en étudiant les grands maîtres, Laferrière appelle l’apprenti auteur à « lire en écrivain » : en repérant la construction, les procédés, en notant ce qui fait que l’émotion passe… ou non.

L’auteur et le narrateur

Laferrière consacre plusieurs chroniques à l’une des grandes difficultés de l’écrivain débutant : la distance par rapport à son texte. Une distance indispensable qui commence par prendre conscience du lecteur invisible juché en permanence sur l’épaule de l’auteur et sans qui nul livre n’est possible : « Vous pouvez ignorer sa présence, mais ne doutez pas qu’il soit là. »

Apprendre à écrire avec/pour ce lecteur invisible, c’est commencer la lente mue d’auteur en narrateur. « Le narrateur est là pour servir l’histoire, pas pour passer vos messages », résume Laferrière. Et de proposer cette ligne de conduite simple, lui qui toute sa vie a écrit à la première personne : « Un narrateur est réussi quand l’auteur ne partage pas toutes ses idées ».

L’auteur et ses proches

Toujours concret sans jamais être terre-à-terre, Dany Laferrière aborde aussi cette question qui touche tout apprenti écrivain : faut-il faire lire ou non ce qu’on écrit ses amis, ou à sa famille ?

« Les amis nous entourent. Il arrive qu’on glisse de petits portraits d’eux dans le livre. Ils en sont fiers. Ils trouvent ça drôle, et vous êtes devenu leur idole. »

Nous avons tous connu ça. Certes, rappelle l’auteur en pyjama, les amis se moquent parfois un peu, mais on voit tout le respect qu’ils portent à ce qu’ils appellent déjà un livre alors que ce n’est qu’un manuscrit. Tout cela encourage, réconforte… Mais plus on avance, plus l’on découvre « que tous ces compliments vous retardent au lieu de vous aider à avancer ». Alors on se retrouve seul, face à un mur. C’est la dure solitude de l’écrivain, mais une solitude nécessaire pour franchir un palier : pour passer de l’auteur au narrateur, par exemple.

La distance, donc, encore et toujours. On y reviendra.
En attendant, c’est encore mieux de lire sur le sujet avec un écrivain qui vous la rend aussi proche.

Et mieux encore quand on apprend qu’il vient de sortir en poche.

Bonne lecture.

 

 

L'Auteur

Bertrand Guillot

Bertrand Guillot a travaillé dans l'édition et publié trois romans, de fiction ou non-fiction : Hors-jeu (Dilettante, 2007 – J'ai lu, 2010) B.a.-ba (Rue fromentin, 2011) Le métro est un sport collectif (Rue fromentin, 2012). Chroniqueur pour le magazine Standard et sur son blog Secondflore, il anime également des ateliers d'écriture au collège et en entreprise.

Commenter

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 

4 Commentaires

  1. Super article ! Entrer dans les coulisses d’un bureau d’écrivain en pyjama, je trouve l’idée cool :) Et dire que l’on prend un rôle quand on parle en tant que.. c’est chouette aussi. Important surtout de l’avouer. Je vais vite passer en libraire pour agrandir ma bibliothèque !!
    J’en profite pour partager ma découverte de la semaine avec le site de http://www.manu-ecrit.fr qui donne de bons conseils pour les écrivains en herbe !