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Les 7 conseils d’écriture de Mathieu Simonet, recueillis par Sophie Adriansen

Lecture, écriture, inspiration, style, journée type… comment travaillent les écrivains ? pourquoi écrivent-ils ?… Les témoignages d’auteurs recueillis par Sophie seront une mine de conseils d’écriture et de conseils de lecture pour la communauté des jeunes écrivains.

 

Mathieu Simonet est né en 1972 à Paris, où il vit. Animateur d’une émission culturelle pendant trois ans (Le 6e sens, sur Vivre FM), il exerce actuellement la profession d’avocat. Il est l’auteur notamment des Carnets blancs (Seuil, 2010), de La Maternité (Seuil, 2012) et de Marc Beltra, roman autour d’une disparition (Omniscience, 2013).

« Son projet est d’organiser des « autobiographies collectives », dans lesquelles il mêle des fragments de sa vie intime et de celle des autres (il pousse les autres à écrire, à témoigner sur des sujets qui le touchent ; il essaye ensuite de trouver une unité à tous ces fragments, sous la forme d’un « collage littéraire »). »

Quels conseils donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Conseil n°1. Il faut être à l’écoute de soi. Il y a des alarmes qui se mettent en place. Une voix pâle qui nous donne envie d’écrire. On ne sait pas quoi. On ne sait pas quand. On ne sait pas pourquoi. Il faut être à l’écoute de cette voix. Ne pas l’étouffer. Ne pas se poser de questions. Si l’alarme se met en place, il faut la regarder en face.

Conseil n°2. Si l’envie d’écrire existe, il faut abattre les murs, les arbres, toute la ville qui a été construite autour de vous. Vos parents, vos amis, vos professeurs, des écrivains, tout le monde, autour de vous, a construit des murs, des panneaux, pour vous inciter à ne pas écrire. Vous allez par exemple entendre : « Il faut de l’imagination pour écrire » ; si vous n’en avez pas, vous allez penser que vous ne devez pas écrire (vous allez aussi entendre : « Il faut avoir des choses à dire » ; « Il faut un style » ; « Il faut du temps » ; « Il faut être bon en orthographe » ; « Il faut innover » ; « Il faut du piston » ; « Il faut être égocentrique » ; « Il faut être malheureux » ; « Il faut se couper du monde » ; « Il faut être mondain » ; « Il faut être en couple » ; « Il ne faut pas être en couple », etc.) Il existe des dizaines de phrases, de murs, qui se construisent pendant votre sommeil, que vos proches, avec bienveillance, distillent autour de vous. Et toutes ces phrases (même à doses homéopathiques) vont peu à peu vous endormir. Donc le conseil numéro 2 : détruire, abattre ces murs. Prendre conscience que ces conseils, ces phrases en papier mâché, sont des sirènes placées sur votre route pour vous faire échouer. Ne vous laissez pas avoir. Ayez conscience que le parcours initiatique de l’écrivain passe par là. Se détacher de ces principes. De ces règles. De ces évidences.

Conseil numéro 3. Allez à la recherche de ce qui vous motive. Pourquoi voulez vous écrire ? On met souvent dix ans. Vingt ans. Soixante ans pour le comprendre. Parfois on ne le comprend jamais. Et ce n’est pas très grave. Trouver ce qui nous motive : est-ce la poésie, l’autofiction, le théâtre, le roman, le fantastique, un mélange de tel et tel genre ? une étoile ? une pomme ? Chercher ce qui nous motive, et non forcément trouver ce qui nous motive, c’est important. Car c’est la flamme. C’est un chemin mystérieux. Il ne faut pas l’éteindre.

Conseil numéro 4. Faire des expérimentations. Finir quelque chose (un livre, un texte, une phrase, un conte). Qu’importe la forme : il faut finir quelque chose. Même si c’est bancal. Ça permet d’avoir un objet à manipuler. Finir un texte c’est grandir  d’un coup, qu’il soit ou non publié.

Conseil numéro 5. Lancer cet objet dans la nature. Le montrer aux autres. A des inconnus. Attendre les retours. N’attendez pas qu’on vous flatte. Ca ne vous apprendrait rien. Attendez qu’on vous rit au nez. Attendez qu’on se moque. Attendez qu’on ne comprenne pas votre écriture. Et il y aura alors un exercice à accomplir, qui est essentiel : supporter la douleur (il y a une forme de poésie à voir les autres piétiner votre texte). Supporter la douleur et être à l’écoute distanciée de cette critique. Il y a, dans l’ADN de chaque écriture, des monstruosités que les autres identifient facilement. Ces monstruosités ne doivent être ni encensées, ni supprimées. Elles forment notre singularité. Elles ont besoin d’être travaillées, exploitées.

Conseil numéro 6. Etre patient. Ne pas attendre la reconnaissance immédiate. La reconnaissance n’arrivera jamais. Il y aura toujours des humiliations. Même quand on publie, même quand on est reconnu (même quand on a le prix Goncourt, je présume, il y a des humiliations). N’attendez pas de l’écriture une reconnaissance. Vous n’en aurez pas. Etre patient et savoir qu’il ne faut pas attendre plus tard pour écrire. Le temps est un muscle. N’attendez pas d’avoir le temps pour écrire. C’est essentiel.

Conseil numéro 7. Oubliez tout ce que j’ai écrit. Tout ce que j’ai dit (vous méfier de tous les conseils. Les écouter avec parcimonie). Les conseils sont en vous. Ils sont précieux. Singuliers ; vos conseils sont sensibles (à la lumière, à l’encre, à la peau).

Retrouvez l`interview de Mathieu Simonet et des critiques littéraires de ses livres sur le blog de SophieLit.

 

Sophie Adriansen est l’auteur de plusieurs ouvrages en littérature générale et en littérature jeunesse, notamment « Je vous emmène au bout de la ligne » (Max Milo), « Trois années avec la SLA » (Editions de l`Officine), « Un meeting » (StoryLab), « J’ai passé l’âge de la colo ! » (Editions Volpilière), « Louis de Funès – Regardez-moi là, vous ! » (Editions Premium), « Quand nous serons frère et sœur » (Editions Myriapode). Ses nouvelles ont été publiées en recueils et dans différentes revues. Plus d`infos sur son site www.sophieadriansen.fr Elle participe à des jurys littéraires et tient depuis 2009 le blog de lecture Sophielit

 

L'Auteur

Sophie Adriansen

Sophie Adriansen est l’auteur d'une quinzaine d'ouvrages en littérature générale et jeunesse ainsi qu'en non-fiction. Elle a signé deux biographies, cosigné des témoignages et été formée à l’écriture de scénario à la Fémis. Elle tient depuis 2009 le blog de lecture Sophielit. Derniers ouvrages parus : Max et les poissons (Nathan, 2015) et Naître et grandir en musique (Télémaque, 2016) http://www.sophieadriansen.fr

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