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Les conseils d’écriture de Marc Molk recueillis par Sophie Adriansen

Comment travaillent les écrivains ? Pourquoi écrivent-ils ?… Les témoignages d’auteurs recueillis par Sophie seront une mine de conseils d’écriture et de conseils de lecture pour la communauté des jeunes écrivains.

 

Né en 1972, Marc Molk est peintre. Après Pertes humaines (Arléa, 2006), son deuxième roman, La disparition du monde réel, est paru en mars 2013 chez Buchet-Chastel.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Oula ! Je vais encore faire le coquet mais je suis mal placé pour donner des conseils. Je ne suis le détenteur d’aucun secret poïétique majeur. D’ailleurs pour l’instant, je ne dirais même pas que je suis « un écrivain ». Je suis plutôt « un auteur ». On peut se dire « écrivain » à la fin de sa vie, quand on a fait « une œuvre », quand on poursuit « une œuvre ». Mon œuvre a peut-être déjà commencé, mais il se peut que je n’ai écrit que des livres. Tu dois te dire « il est récalcitrant » mais je suis heureux que tu me poses ces questions, heureux autant qu’incapable d’y répondre naturellement.

Ceci étant posé, je peux témoigner un peu de mon vade mecum. Je crois que le pire ennemi de « l’aspirant écrivain », c’est la mythologie justement, la mythologie de l’écrivain, de l’écriture. Il y a beaucoup de vocations littéraires, j’ai cru le remarquer, qui souffrent d’un esprit de sérieux cocasse, qui trouvent leur fondation dans un respect petit-bourgeois de la Littéraaatuuure avec un grand L, de l’Écriiituuure avec un grand E. On ne fait rien de bien grand en commençant soumis. En plus d’être parfaitement normatif en termes de style – combien d’écrivains sont persuadés d’écrire de la « vraie » littérature parce qu’ils écrivent peu ou prou « comme on écrit dans les livres » au lieu d’écrire selon leur espace intime ? -, ce culte naïf et souvent fanatique, cet objectif grotesque d’être un littérateur est un attrape-couillons qui tronque les imaginaires dans les limites de ce que tout le monde a déjà lu.

Deux solutions s’offrent alors : soit lire énormément, avoir énormément lu, et élargir ainsi au maximum le cadre de sa servitude, à des littératures qui pourront surprendre ceux qui ont moins lu, soit renoncer à écrire « de la Littéraaatuuure » et écrire pour écrire, ce qui signifie presque toujours écrire à quelqu’un, quelqu’un de précis. Trouver le destinataire de ce que l’on veut écrire me semble la condition initiale, radicale, de tout projet d’écriture. Il se peut que le destinataire change pour chaque texte, ou qu’un seul texte soit adressé à plusieurs destinataires selon ses différentes parties, mais les textes en l’air, les textes en lévitation, je n’y crois pas. Ou plutôt ils sentent toujours le plastique, ils ont un arrière-goût de chiqué impossible à masquer. Mon conseil donc puisqu’il faut conseiller : Tuer le Dieu invisible, le Dieu des majuscules, qui selon la rumeur vit en Pléiade du côté de Saint-Germain-des-Prés, et se tourner vers le dieu plus modeste qui dort dans le lit de chacun.

Je dis cela mais il faut lire, énormément lire, quand même, tout. Mais pas les « Graaands Auteuuurs », il faut lire Madame de La Fayette parce qu’elle était une femme libre et d’une subtilité folle, Marcel Proust parce qu’il était comme sont nos amis toujours maladifs, absolument superficiel et insondable à la fois, Agrippa d’Aubigné  pour réaliser que l’alexandrin est peut-être le seul exorcisme  laïque véritable à long terme. Il faut aussi surveiller ses contemporains, fouiller dans le bac à sable à la recherche d’une famille, des fois que l’on ne serait pas seul. Mais tous ces auteurs passent après ceux que l’on aime et qui n’écrivent pas. C’est à ces derniers que l’on écrit toujours. Si par grande malchance on n’a personne, on ne trouve personne, on n’aime personne ainsi, si l’on sort nu d’affection de la DASS, il suffit d’écrire à la boulangère très mignonne en bas de la rue, sans qu’elle le sache, d’écrire avec la petite boulangère assise à côté de soi en chemisette un bras sur nos épaules, pour être dans le juste. Rompre la solitude d’écrire avant d’écrire.

Voilà, j’ai prêché, je me suis crashé comme les autres. Je savais bien que cela finirait comme ça.

Retrouvez l`interview de Marc Molk sur le blog de SophieLit.

 

*Sophie Adriansen est l’auteur de plusieurs ouvrages en littérature générale et en littérature jeunesse, notamment « Je vous emmène au bout de la ligne » (Max Milo), « Trois années avec la SLA » (Editions de l`Officine), « Un meeting » (StoryLab), « J’ai passé l’âge de la colo ! » (Editions Volpilière), « Louis de Funès – Regardez-moi là, vous ! » (Editions Premium), « Quand nous serons frère et sœur » (Editions Myriapode). Ses nouvelles ont été publiées en recueils et dans différentes revues. Plus d`infos sur son site www.sophieadriansen.fr Elle participe à des jurys littéraires et tient depuis 2009 le blog de lecture Sophielit

L'Auteur

Sophie Adriansen

Sophie Adriansen est l’auteur d'une quinzaine d'ouvrages en littérature générale et jeunesse ainsi qu'en non-fiction. Elle a signé deux biographies, cosigné des témoignages et été formée à l’écriture de scénario à la Fémis. Elle tient depuis 2009 le blog de lecture Sophielit. Derniers ouvrages parus : Max et les poissons (Nathan, 2015) et Naître et grandir en musique (Télémaque, 2016) http://www.sophieadriansen.fr

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