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Martin Page : Manuel d’écriture et de survie

BG 5pourcent

Dans ce petit livre rouge, Martin Page livre en toute modeste des conseils inestimables. Un « manuel », comme un encouragement vivifiant à faire ce qu’on aime… et à le faire bien.

Ah, on aimerait le trouver, quand on écrit, le livre qui nous aiderait, qui débloquerait tel passage qui pêche encore, qui nous ferait écrire mieux et plus vite…
Disons-le tout de suite : il n’existe pas.
Il existe bien des manuels, tutoriels et guides en tous genres… lesquels pour la plupart ne servent à rien (ou pire) et qui, s’ils sont utiles, le sont surtout après, quand le livre est écrit et que vient le moment de relire, de corriger, de couper… Promis, on y reviendra.
Il n’existe pas de guide-miracle, donc… Mais voilà que vient de sortir, sous une belle couverture rouge, le Manuel d’écriture et de survie de Martin Page.

… Mais connaissez-vous seulement Martin Page ?

Martin Page Manuel d'écritureSi tel n’est pas le cas, je ne peux que vous en recommander la lecture – depuis son premier roman, Comment je suis devenu stupide, jusqu’au dernier en date, L’apiculture selon Samuel Beckett – pour son humour tout en finesse, son sens de l’absurde ou encore son élégance à transcender ses angoisses.
Martin Page fait partie de ces écrivains qui ont conquis hardiment leur liberté pour vivre de leur plume dans une précarité assumée, entre romans, œuvres de commande et autres ateliers d’écriture. Il vit aujourd’hui loin du « petit milieu » littéraire, et pose sur l’écriture un regard à la fois vivant et lucide.

« La littérature souffre de deux choses : d’un trop grand respect pour l’histoire littéraire (comme le dit Marc, un ami : on ne fait jamais rien de bien grand en commençant soumis) et d’un manque de travail et d’ambition. Tout concourt à entretenir un complexe d’infériorité chez les écrivains. Complexe qui se manifeste par de l’arrogance et de l’agressivité »

Dans ce Manuel, Martin Page parle de son travail dans une correspondance imaginaire avec Daria, une étudiante qui lui envoie ses nouvelles et lui fait part de ses doutes tandis qu’elle écrit son premier roman.
Il évoque les échecs de ses premiers manuscrits, sa première publication, son quotidien, la position de l’écrivain par rapport à ses amis et à la société les joies des livres pour enfants… De lettre en lettre, il conseille aussi Daria sur l’écriture et la relecture, le retravail du texte et l’envoi aux éditeurs… ou encore sur l’attitude à adopter face aux premiers refus.

Une dernière chose : voir son manuscrit refusé n’est pas le signe du génie. En tout cas, ne joue pas à l’artiste maudite (…) Pas seulement parce que c’est inélégant, mais surtout parce que ça rend triste.

A l’image de cette dernière phrase, le livre propose aussi de salutaires conseils de survie pour ces animaux fragiles que sont les écrivains, tout à tour menacés par la frustration, l’insatisfaction, le découragement (« une étape du travail », rassure Martin Page), la société, le quotidien… sans oublier les deux pires ennemis qui depuis des siècles ont terrassé des bataillons entiers de jeunes créateurs : la jalousie, et l’aigreur.
« La facilité avec laquelle certains publient des livres bâclés ne doit pas nous conduire à oublier d’aimer notre art », écrit Martin Page. Un peu plus loin, il enfonce le clou : « Laissons les mecs cool gagner la danse. Il y a mieux à faire. » Avec bon sens, il brosse un portrait de l’écrivain en artisan, fier et modeste, qui paie chaque jour son écot de sueur mais ne perd jamais de vue le plaisir d’écrire.
La survie chez Martin Page est joyeuse. Son manuel tout entier est un remède contre l’aigreur, un encouragement à la liberté pour tracer son chemin, faire ce qu’on aime en se méfiant des idées toutes faites et du déclinisme ambiant, et en laissant les postures aux autres.
Un compagnon d’écriture, en somme.

« Sois généreuse, loyale et élégante. Tu seras isolée, mais ainsi tu ne pourriras pas de l’intérieur. N’oublions pas combien cette période est excitante. On peut écrire des romans, des essais, des livres pour enfants, de la bande dessinée, de l’autofiction, des romanzi non romanzi. Saisissons-nous des infinies possibilités qu’offre la littérature. Si nous le désirons, le monde est à nous. Bien à toi. »

Bien à vous.
Martin Page, Manuel d’écriture et de survie
Le Seuil
172 pages, 14 euros

L'Auteur

Bertrand Guillot

Bertrand Guillot a travaillé dans l'édition et publié trois romans, de fiction ou non-fiction : Hors-jeu (Dilettante, 2007 – J'ai lu, 2010) B.a.-ba (Rue fromentin, 2011) Le métro est un sport collectif (Rue fromentin, 2012). Chroniqueur pour le magazine Standard et sur son blog Secondflore, il anime également des ateliers d'écriture au collège et en entreprise.

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