Chroniques

Comment un écrivain travaille-t-il ? Quand écrit-il ?

Les heures indues du petit matin sont pour moi les plus propices à la concentration : j`écris de manière plus libérée, plus naturelle si j`ose dire.

Je m`interromps au réveil de ma fille, le temps de la préparer pour sa journée, puis je continue de travailler idéalement jusqu`au déjeuner, en me gardant toujours une plage de relecture-correction-réécriture. Lorsque je n`ai pas de gros travail à côté (c`est rare, il faut bien vivre !), je consacre mon après-midi à la lecture de la presse, de documents, en un mot, de tout ce qui peut me nourrir.

A chaque nouveau manuscrit son cahier grand format, dans lequel je note tout. Les personnages, les idées, les détails, les phrases qui me viennent. Au début, je travaille exclusivement sur ce cahier ey j`y tire des fils; tous ceux que ma petite voix intérieure me suggère. Puis un fil se fait plus pressant. Je le tire jusqu`à le tendre et là, enfin, j`ouvre un nouveau document sur mon ordinateur et je laisse les phrases s`installer sur la page jusqu`à obtenir un premier jet que je vais étoffer, affiner.

Quand le doute s`installe ou que l`inspiration vient à manquer, je vais courir. Ou nager. Ou marcher. Il me faut du mouvement pour secouer tout ça et remettre mes idées en place. Surtout au moment où il faut remodeler, créer du liant, approfondir les failles, creuser les sillons. Je peux réécrire et corriger vingt fois la même page, les mêmes mots. Toujours aidée de mon précieux cahier ! J`en parcours les pages et les ratures, j`y note chaque réflexion.

Il y a, bien sûr, les bons et les mauvais jours. Pour essayer que les mauvais ne se suivent pas de trop près (au risque d`un découragement invasif…), j`inscris en fin de journée les mots-clés et idées du lendemain. Une sorte  de chat noir contre la page blanche. Les jours sombres, je pense à Frédéric Dard qui écrivait une page par jour, tous les jours. Quand j`ai mangé du lion, je pense à Amélie Nothomb qui écrit quatre romans par an et choisit le meilleur. Histoire de toujours conserver ce fragile équilibre entre l`euphorie et le doute !

Et lorsqu`enfin j`ai l`impression d`avoir mis le point final à mon histoire, je sais pourquoi j`ai travaillé dur pendant de longs mois. Pour cette infime sensation que le ciel est plus bleu ce jour-là, pour la joie immense d`être allée au bout du chemin et de voir ces personnages vivre leur destin. Quoi qu`il advienne ensuite.

Retrouvez Coline Lemeunier sur son blog : (mes)aventures d`auteur

L'Auteur

Coline Lemeunier-Daurat

Coline Lemeunier a été lauréate du Prix Nouveau Talent en 2008 pour son premier roman 1tox (éd. Calmann-Lévy). Elle est aujourd’hui rédactrice indépendante.

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