La web série Premières lignes

PREMIERES LIGNES – Episode 7 : Drôle d’exercice

Découvrez l’épisode 7 de PREMIÈRES LIGNES, la web série pour accompagner les écrivains en herbe réalisée par la Fondation Bouygues Telecom et Evene.

Dans cet épisode, Bruno Tessarech propose aux apprentis écrivains un nouvel exercice, court et ludique car « écrire doit être aussi un plaisir ».

Pour revoir les épisodes précédents :

– Episode 1 : Le portrait cliquez ici.

– Episode 2 : De la réalité à la fiction cliquez ici.

– Episode 3 : La boîte à outils cliquez ici.

 Episode 4 : Le nid cliquez ici.

– Episode 5 : Raconte-moi une histoire cliquez ici.

– Episode 6 : A la marge cliquez ici.

PL épisode 7

Vous souhaitez AUSSI vous adonner à cet exercice ?

Alors voici la consigne : en 1/2 heure (chrono en main!), écrivez un texte en y intégrant au moins 1 personnage, 1 lieu et 1 objet dans les listes données. Puis postez-le en commentaire !

4 personnages :

  • un jeune militaire au crâne rasé qui porte un gros sac : il a un air bougon, lointain
  • une vieille dame qui a un cabas dans lequel il y a plein de journaux
  • une fille de 10-12 ans, pré-ado, en pleurs
  • un monsieur trentenaire, il était banquier et il a démissionné

4 lieux  :

  • une fermette un peu abandonnée dans les landes
  • la boutique d’un brocanteur aux puces de Clignancourt
  • un abribus
  • la salle en rotonde aux Invalides dans laquelle il y a le tombeau de l’empereur

4 objets :

  • une boussole dont l’aiguille qui indique le nord est bloquée
  • une pierre fossile dans laquelle il y a la trace en creux d’un reptile
  • un carnet avec seulement une ou deux pages écrites
  • un billet de banque, peu importe la monnaie, sur lequel quelqu’un a mis un signe de reconnaissance dans l’espoir de le retrouver un jour

Amusez-vous et faites-vous plaisir !

 

L'Auteur

Dorothée Corbier

Déléguée générale adjointe de la Fondation Bouygues Telecom, j'anime avec Céline le programme Nouveaux Talents.

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7 Commentaires

  1. Voici ma proposition écrite ce matin. Elle n’a pas de titre.

    ——————————————–

    Le soleil se levait enfin. La tempête avait fait rage toute la nuit et un des vieux bâtiments s’était effondré. Qu’importe, cette étable n’accueillait plus de bétail depuis des décennies. Cela relevait déjà du miracle que ses poutres moisies et ses vieilles briques aient tenu jusque là. La grange, par contre, avait résisté aux assauts des vents violents et de la grêle. Bien sûr, des tuiles s’étaient envolées mais le bâtiment se dressait toujours fièrement au milieu des landes désertes. Les rares arbres qui entouraient la petite ferme avait été arrachés, le potager massacré. Au milieu du désastre, seule la petite maison avait été épargnée. Une petite bâtisse de plain pied, faite de pierres et de tuiles, de volets en bois pourri et de fenêtres sales. L’orage ne l’avait même pas effleurée. Le sol était gorgé d’eau, des mares s’étaient formées, les landes s’étaient transformées en marécages. Dans un rayon d’un kilomètre autour de la fermette, la tempête avait nettoyé le paysage. Le silence régnait en maître. Un voyageur passant par là aurait fait demi-tour tout de suite, tant le climat était malsain. On sentait dans l’air une odeur de soufre, de magie impie. Quelque chose qui n’appartenait pas à notre Monde était venu cette nuit et avait laissé des marques éternelles.

    La porte de la maison s’ouvrit. Une petite fille qui n’avait pas plus de dix ans sortit de la pénombre et cligna des yeux en découvrant le soleil. Vêtue d’une robe déchirée par endroits, elle était pieds nus. Le visage pâle encadré de longs cheveux blonds en bataille, elle pleurait. Elle avança prudemment dans la cour boueuse de la fermette. Ses pieds s’enfoncèrent dans la terre humide et la fillette manqua de tomber. Les larmes ne cessaient de couler sur ses joues creuses. Elle dédaigna l’étable en ruine et se dirigea tant bien que mal vers la grange à une vingtaine de mètres de là. Plus elle s’en approchait, plus l’odeur de soufre la prenait à la gorge mais cela ne la dérangea pas, au contraire. Ce parfum immonde alla même jusqu’à la faire sourire. La petite blonde ouvrit une petite porte qui se trouvait sur le côté de la grange et pénétra dans le bâtiment. L’édifice paraissait immense vu de l’intérieur. Quatre murs et un toit. La grange avait été vidée depuis longtemps de son contenu et n’accueillait plus les récoltes ni les engins agricoles depuis des années. Grâce aux trous dans le toit, le soleil faisait naître ici et là quelques puits de lumière. La petite attendit que ses yeux s’habituent à l’obscurité, toujours présente, et regarda le centre de la grange. Le sol en terre brune était sec. L’air était électrique. Il fallait maintenant attendre.

    Toute la nuit, Olivia était restée dans la maison avec ses grands-parents. Louise et Alphonse élevait leur petite fille depuis la mort de ses parents, quelques mois seulement après sa naissance. Cette mort n’avait rien eu de tragique pour eux, ils avaient toujours considéré que leur fille était une bêtasse mariée à un imbécile. Non, ce qui importait, c’était la petite Olivia. La gamine avait vite appris : les rituels, les Dieux Anciens, les talismans et les formules. Peut-être même qu’elle avait été trop vite. Elle savait commander aux esprits du vent et invoquer les démons d’outre-espace dès l’âge de trois ans. Comprenant l’étendue de ses pouvoirs et descendante d’une longue lignée de sorcières, Olivia n’avait pas caché son ambition bien longtemps. C’est pourquoi Louise et Alphonse avait eu rapidement peur de la petite blonde et avait caché le carnet contenant la Formule Suprême. Mais il était déjà trop tard et Olivia avait mis la main dessus cette nuit-là. Seule une page n’était pas vierge et Olivia l’avait lue avec attention. Elle avait commencé le rituel à la nuit tombée dans la cave de la maisonnette. Ses grands-parents avaient tenté de s’opposer, mais les pouvoirs de Louise étaient trop faibles. Olivia n’avait eu aucun mal à les tuer de la manière la plus horrible qu’elle ait pu trouver et servant ainsi l’Invocation. Les deux vieillards s’étaient entredévorés sous les yeux d’Olivia. Toute la nuit, elle avait tracé des cercles, récité la formule, laissé dériver son esprit dans les Territoires interdits de la magie. Enfin, son appel avait entendu et elle avait senti les vents violents ravager la plaine au-dessus d’elle.

    Au petit matin, épuisée, pleurant de fatigue, Olivia s’était rendue à la grange, censée accueillir ce visiteur exceptionnel qu’elle avait invoqué toute la nuit. Elle était là, assise dans le grand bâtiment, attendant patiemment qu’il arrive. Soudain, l’air se figea et le sol trembla. Dans l’espace nu qui s’étendait devant elle, enfin, il apparut. Yog Sothoth. Le tout en un et un en tout. L’Ancien Dieu était devant elle, amas de globes iridescents, Maître incontesté des sorcières. De nouvelles larmes coulèrent sur les joues de la jeune magicienne. Des larmes de joie.


  2. Bonjour !
    J’ai fait l’exercice pour moi quand l’épisode 7 a été publié et comme je vois que certains ont eu la bonne idée d’envoyer le leur, voici aussi le mien !
    PS : Merci pour le site, c’est vraiment une initiative géniale !

    La folle du logis.
    -Tu mets ces cochonneries à la poubelle ou j’en fais don au marché aux Puces, et toi avec !
    Voici la phrase à laquelle elle avait invariablement eu droit depuis toute petite, lorsqu’elle rentrait chez elle après avoir fureté entre les monceaux de vieilleries et de surplus de grands magasins déposés par camions entiers dans la décharge située à quelques centaines de mètres du petit pavillon où elle habitait. À cette époque-là, c’était le privilège d’habiter à la campagne, dans ce que certains nommaient avec une rigueur toute administrative la grande banlieue. Mais papa et maman ne considéraient pas sa caverne d’Ali Baba du même œil qu’elle, et les jouets ramassés, aussi bien sérieusement amochés que neufs, retrouvaient le chemin du vide-ordure dans l’instant. Elle avait cependant conservé religieusement sa passion pour les bric-à-brac et les découvertes semi-archéologiques qu’ils engendraient et quand, quelques jours avant son dixième anniversaire, on lui demanda pour la première fois de sa courte vie quel cadeau elle voulait, elle répondit sans l’ombre d’une hésitation :
    – Que vous m’emmeniez aux Puces ! semant l’incompréhension dans l’esprit de géniteurs précocement lassés des excentricités de leur fille unique. Après un double soupir parfaitement synchronisé, elle entendit le précieux sésame : soit, on irait.

    Depuis déjà près d’une heure, elle naviguait dans le sanctuaire de ses fantasmes, entre les antiquités, les bibelots crasseux, les joyaux de la couronne et tout ce qu’elle avait idéalisé dans son imagination débordante, quand, au détour d’un présentoir, elle percuta une masse compacte qui la fit trébucher en arrière, perdre l’équilibre et la projeta par terre dans l’ombre d’un géant. Pas un ogre des contes de sa tendre enfance, non, un vrai géant, qui devait mesurer au moins deux mètres, avait le crâne aussi lisse que celui de son grand-père, mais l’air infiniment moins sympathique. Il grogna comme on s’émeut d’une mouche qui s’obstine à vous tourner autour, plongea un regard d’une noirceur de pétrole dans ses yeux et passa son chemin. Tremblante, elle se releva et, se retournant pour s’assurer qu’il disparaissait pour de bon, elle remarqua, ballottant dans son dos sans fin, le sac polochon le plus immense qu’elle ait jamais vu. Il semblait vide. Elle se demanda avec effroi ce qu’un géant pouvait bien faire d’un tel sac. Elle rejoignit prestement sa mère qui observait d’un œil de connaisseuse des assiettes en faïence tout en se vantant auprès de l’antiquaire qu’elle possédait un service complet de Sèvres datant de son arrière-arrière-grand-mère qui y ressemblait beaucoup, mais en mieux, Monsieur.
    Puis la traque commença. Elle croisa le géant en sens inverse. Mais pourquoi donc revenait-il sur ses pas, pensa-t-elle horrifiée. Il s’arrêta pour manipuler des objets beaucoup trop fins et trop fragiles pour lui, jugea-t-elle sans appel ; tandis que sa mère s’obstinait à soutenir au vendeur que la trace imprimée sur le fossile qu’il vendait était celle d’un trilobite, foi de professeur d’histoire, elle commençait à suer dans son petit blouson rose pourtant si léger. Son père semblait désormais se désintéresser du marché, en particulier, et de ses femmes, en général, selon son expression habituelle, et il fumait, un peu en retrait. Quand elle avançait d’un pas, le géant le lui emboîtait, elle reculait de deux, il maintenait la même distance entre eux, s’approchant d’elle imperceptiblement. Elle eût dit qu’il possédait des yeux invisibles fixés à l’arrière de son crâne rasé. Quant aux siens, ils ne pouvaient se détacher de ce monstre qui semblait évoluer mu par l’attraction magnétique qu’elle exerçait sur lui. Il effectuait ces mouvements sans même la regarder, de boutique en échoppe, de présentoir en étagère, jusqu’au moment où il se planta devant elle et lui envoya tout de go :
    – Dis, la godiche, ça te fascine les militaires, ou quoi ? Grimpe dans mon sac si tu veux, j’te fais visiter la caserne … et joignant le geste à la parole, il décrocha son sac de l’épaule, l’ouvrit bien grand et lui montra le fond. Elle partit en hurlant, un long cri qui finit en sanglots dans la ruelle où, entre panique et pleurs, elle supplia en hoquetant :
    « Je veux rentrer à la maison ! »
    « Ah, les femmes, savez jamais ce que vous voulez ! » rétorqua son père en expulsant bruyamment la fumée de sa énième cigarette.
    Elle garda de ce jour une terreur irrépressible de tout ce qui avait un rapport de près ou de loin avec l’armée. Quant à sa mère, elle s’obstinait à raconter au psychiatre du centre où elle vivait par intermittence que les crises de paranoïa de sa fille avaient commencé le jour de ses dix ans, quand leur chemin avait croisé celui d’un inoffensif militaire en permission qui avait -on ne savait trop pourquoi- provoqué à sa fille une terreur aussi viscérale que définitive.
    Oui, mais elle, elle n’avait pas vu le fond du sac, ressassait cette dernière depuis plus de vingt ans.


  3. A mon tour! Je n’avais aucune idée de ce que j’allais faire et puis ça m’est apparu comme çà, un truc à la va-vite… 25 minutes à gratter à la main, et 30 minutes à recopier, je suis dans les temps?

    – Attrait d’heure –

    Raphaël n’avait rien oublié, tout était écrit dans son carnet, deux pages de cette écriture fine et régulière, arithmétique, qui le caractérisait avec tant de justesse. Il avait tout listé comme il aimait tout lister dans sa vie – les femmes et les calories en particulier, les premières l’aidant à dilapider les secondes- et il se prenait souvent à comparer son existence avec une recette de cuisine aux dosages savants, dont il percevait que le moindre ajout hasardeux ou la moindre omission non moins regrettable, engendreraient en lui un sentiment d’improvisation désagréable, telle une perte de contrôle sur sa propre volonté.

    Il est exact que Raphaël n’avait rien omis sur sa liste et il put refermer son petit carnet avec le sentiment d’avoir finement accompli sa mission, sa dernière en costume de créateur taillé sur mesure. Il leva son regard vers l’antiquaire qui – surpris d’une telle aubaine- , rédigeait fébrilement un chèque en tournant ostensiblement son dos à la rue, afin d’échapper aux regards avides – presque anxieux – de ses proches confrères. De telles statuettes Art Déco bradées à ce prix, cela n’arrive qu’une fois dans la carrière d’un antiquaire !

    Le chèque en poche, Raphaël quitta les ruelles de Clignancourt pour sauter dans le premier taxi venu et rejoindre -vite, s’il vous plaît!- Orly et sauter dans le premier avion qui se présenterait à lui pourvu qu’il n’ait aucun visa à obtenir. Libre, il voulait redevenir libre aussi longtemps que ses économies le lui permettraient, pour goûter ce à quoi il avait dû renoncer depuis qu’il avait été recruté par cette banque où jour et presque nuit, il officiait devant de multiples écrans avec un casque sur la tête et des mots d’argent en toutes les langues, des mots aussi virtuels que l’argent qu’ils véhiculaient. En cinq ans, Raphaël était devenu le golden boy, l’archétype, le modèle de toutes les écoles, courtisé par sa Direction qui ne savait d’autant rien lui refuser qu’il ne réclamait jamais rien, si ce n’est de l’eau d’Evian toujours fraîche et, à quatre heures précises, de tendres et frais petits gâteaux appelés financiers, lorsque survint la faute. Inattendue. Incroyable. Inexcusable. Il suffit de quelques miettes de financier malencontreusement tombées sur un clavier pour qu’une touche demeurât enfoncée trop longtemps, et la machine s’emballât ! Les cours de Tokyo s’effondrèrent, puis Londres, Paris et New-York dévissèrent à leur tour sans que le golden boy adoré ne put s’y opposer, bras ballants. Les pertes enregistrées furent colossales pour sa banque, si bien qu’il fut convoqué et contraint à démissionner le soir-même.

    Cette bourde inqualifiable stupéfia la profession qui bientôt, se gaussa puis se chargea d’attribuer de méchants sobriquets au modèle de toute une génération. Mais ses collègues les plus proches ne se satisfaisaient pas de cette stupide histoire de miettes de gâteau et aucun ne parvenait à comprendre ce qui avait pu se produire dans l’esprit de Raffy, sauf à imaginer que cette bourde n’en fût pas une, et que si pertes il y avait pour la banque, gains il y avait eu ailleurs et que c’est vers cet ailleurs que volait maintenant Raphaël – qui ne prénommait plus ainsi désormais puisque sur son passeport, il était Philippe auquel avait été accolé le nom de Dubois – les hommes d’argent manquent souvent d’inspiration littéraire.

    Qu’il se fût appelé Raphaël ou Philippe, il en avait soudain eu assez de ces écrans multiples, de ces courbes, de ces pourcentages, de ces ratios, de tout cet argent qui lui échappait et c’est par une après-midi de dimanche d’automne – un peu pluvieuse, un peu rose – qu’il planifia avec minutie en buvant un thé encore tiède, son opération vers la liberté. Cette opération serait la dernière : ni une soustraction, ni une addition et encore moins une division, mais une simple multiplication de ses désirs.


  4. Bon, moi aussi j’ai eu envie de jouer ! (j’ai mis environ 35 mns… c’est vrai que c’est très court!)
    ———————————————————————————–
    Mais pourquoi avait-elle accepté de relever ce fichu défi ? Pourquoi avait-elle écouté cet idiot de Stan ? Elle qui détestait tout ce qui touchait à la nature, à l’effort physique, que faisait-elle dans ce lieu sinistre ?
    « Je suis sûr que tu n’es pas cap ! » avait-il dit. « Et pourquoi pas ? » avait-elle rétorqué. « Parce-que tu n’es qu’une fille, tiens ! » avait-il alors répondu.
    C’est cette petite phrase qui avait tout déclenché. Le « tu n’es que » l’avait irrité au plus haut point mais moins encore que le ton rempli d’arrogance employé par l’idiot.
    Lucie remonta le col de son manteau et enfouie un peu plus profondément ses mains dans ses poches. Du bout de ses doigts, elle sentit le froid métal de la boussole que Stan lui avait donné. « Tiens, avait-il dit, tu en auras besoin là-haut. Mets aussi un gros pull, tu auras froid. Au bout du parcours, tu trouveras une vieille ferme abandonnée, enfin si tu ne te perds pas bien sûr ! Là, tu dois laisser une preuve de ton passage. N’oublie pas, sinon tu auras échoué. Bye et bonne chance, Lucie ! »
    Il était 22 heures lorsqu’elle avait quitté à pas de loup la maison familiale. Ses parents dormaient à poings fermés, ils ne l’avaient pas entendu partir. Elle le regrettait amèrement maintenant ! Si seulement ils savaient à quel point leur fille était stupide et vaniteuse.
    Oui, elle avait relevé le défi car elle ne pouvait admettre être inférieure à un garçon. Tous les garçons l’avaient fait dans sa classe. Traverser la lande qui menait du village à la ville voisine. Quinze kilomètres aller-retour à parcourir de nuit en ne se fiant qu’à une boussole. Aucune carte, aucun téléphone, aucune lampe n’étaient autorisés. Juste son courage et cette saleté de boussole.
    Avant de partir, elle avait repéré la direction à prendre. Il suffisait de se diriger plein nord. Les lumières de la ville finiraient de la guider à travers la lande. Où était le problème ? Ce n’est pas parce que l’on est une fille que l’on ne possède pas le sens de l’orientation !
    La boussole l’avait guidée jusqu’à la ferme abandonnée. Un endroit particulièrement sinistre que la lune éclairait tant bien que mal. Comme preuve de sa venue, elle avait laissé la boussole bien en évidence sur la table de la cuisine.
    Elle ne lui servirait pas pour le retour, l’aiguille était bloquée sur le nord et ça, Stan le savait bien !
    Lucie respira profondément et s’apprêta à faire le chemin dans l’autre sens. Elle était heureuse d’avoir vaincu sa peur, même si le retour s’annonçait bien plus compliqué que l’aller. Elle avait de toute façon gagné son pari et cela seul comptait.
    —————————————–

    au suivant !


  5. Merci pour cet exercice plaisant mais plutôt difficile (30 minutes, c’est court) ! Voici mon texte (dommage de ne pas pouvoir bénéficier des remarques de Bruno Tessarech en direct) :

    Trois mois qu’elle n’était pas sortie de chez elle. A peine si elle savait encore comment s’habiller : une veste en laine, un imperméable ? Josette avait opté pour la veste et s’en félicitait. Depuis dix minutes qu’elle attendait, assise sur le banc gris de l’abribus en bas de chez elle, elle n’avait pas encore froid. Tout juste si ses joues ridées commençaient à rosir. Un passant aurait sans doute imaginé le contraire en voyant cette vieille dame si frêle et recroquevillée sur elle-même. Mais personne ne semblait la repérer dans la pénombre du petit matin. Il faut dire qu’elle était habillée tout en noir, ses cheveux blancs légèrement bleutés ramenés en chignon et dissimulés sous un foulard en soie rouge sombre.
    Seul le cabas à ses pieds amenait une touche de couleur à l’ensemble, une tranche de soleil. Sa fille lui avait offert au retour de ses vacances dans le sud. Elle l’avait sans doute acheté quelques euros sur un stand du marché local, entre les épices et les vêtements multicolores qu’on achète mais qu’on ne porte jamais de retour chez soi tant ils paraissent incongrus dans la grisaille de la routine. Pas de quoi s’extasier. C’est pourtant ce que Josette avait fait, pour que sa fille ne culpabilise pas trop de l’avoir laissée seule pendant trois semaines. Les deux femmes avaient alors bu un thé, reconnaissantes l’une et l’autre de ne pas remuer le couteau dans la plaie, pendant que la petite-fille de Josette chouinait dans son coin, le regard rivé sur son portable.
    Elle savait bien, Josette, qu’elle était de trop dans cette vie-là. Plus assez dynamique pour s’occuper de ses petits-enfants préadolescents mais pas encore assez gâteuse pour qu’on la boucle en maison de retraite. Alors elle se débrouillait seule avec le coup de pouce de l’aide-ménagère.
    Mais depuis le début de la semaine Josette avait un plan. La veille, elle avait fouillé dans tout l’appartement pour la retrouver. Quand enfin elle remit la main dessus, un flux de souvenirs s’empara d’elle. Ce n’était pourtant qu’une pierre grise, grande et plate comme un livre. Si l’on n’en regardait qu’un côté, rien que de très banal. Presse-papier pour banquier manquant d’imagination. Mais si on la retournait, on était alors pris dans un tourbillon temporel. Sur cette surface bénigne, l’histoire avait laissé sa trace sous la forme d’un reptile. Ou plutôt de son négatif, comme s’il s’était allongé là quelques minutes, pour prendre le chaud de la pierre un après-midi d’été et s’était éclipsé, laissant seulement l’empreinte de son corps.
    Cette pierre était ce qui lui restait de plus précieux de son mari. Il lui avait ramené dans sa sacoche, de retour de la guerre. Il disait l’avoir trouvée par hasard, lors d’une de ses marches dans le désert.
    Près de 70 ans plus tard – une période dérisoire pour le petit reptile – la pierre était maintenant au fond du cabas de Josette, enveloppée de papier journal et dissimulée sous plusieurs magazines. Encore plongée dans ses pensées, Josette ne vit pas le bus arriver et sursauta quand il se gara près d’elle dans un crissement de freins.