Chroniques

Ach so ! Ou pourquoi mon éditeur ne parle pas français, par Caroline Vermalle

Je suis sûre que des tentes s’érigent devant les librairies et que des manifestations de liesse collective éclatent en feux de joie à travers le monde car, chers amis, mon 2ème roman, qui sort le 7 avril 2012, est à présent disponible en pré-commande sur Amazon.fr, ici.

C’est lui, là, avec la délicate couverture lavande et le titre qui sonne comme une clochette bras-dessus-bras-dessous avec un petit vent des Alpes :

Als das Leben überraschend zu Besuch kam

N’ajustez pas vos écrans, vous avez bien lu, il est en allemand – langue dont je ne parle pas un mot. Je l’ai écrit en bon français et l’histoire ne se passe pas sur les bords d’un lac bavarois mais à l’Ile d’Yeu (oui, je sais, il y a autant de maisons de ce genre à l’Ile d’Yeu qu’il y a de lavande en Bretagne – c’est l’impression générale qui compte). Bref, il est 100% made in France et pourtant, ne cherchez pas le titre version french*, à l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore eu vent des détails d’une sortie en Gaule.

Si je veux en causer ce mois-ci, c’est bien sûr pour faire ma promo et avoir le plaisir intarissable de raconter ma vie. Mais il se trouve aussi que la génèse de ce livre a été particulièrement riche en apprentissages et j’ai pensé que les leçons glanées en chemin méritaient d’être partagées.

Alors voilà. Au début, il y a un manuscrit, mon 2ème roman.

Leçon 1 : vous pensez qu’écrire son 1er roman est difficile ? C’est de la gnognotte à coté du 2ème.

Après plus d’un an de travail, j’envoyai ce 2ème roman à mon éditeur français. Au bout de trois mois, aucune nouvelle. Mais pas de lettre de refus non plus.

Un observateur extérieur conseillerait à ce moment-là de changer de crèmerie. Mais la relation entre un auteur et son éditeur est plus qu’un contrat, c’est une relation de confiance colorée du sentiment, pour nous autres auteurs solitaires, de faire partie d’une maison (le dire à la E.T. pour l’effet). Bref on s’attache, et on laisse le temps.

Erreur.

C’est un peu comme quand, après un premier rendez-vous hyper romantique, un jules ne vous rappelle pas. Vous vous dites qu’il a perdu votre numéro de téléphone, qu’il est en déplacement dans un pays sans internet ou qu’il a été kidnappé par des aliens. Car après tout, il ne vous a pas écrit pour vous dire qu’il ne souhaitait pas donner suite à votre idylle.

C’est à ce moment-là qu’il faut compter sur une bonne copine pour vous dire, (le dire à la Miranda dans Sex and the City pour l’effet) : ma chérie, cherche pas, il n’est pas intéressé. Pareil chez un éditeur.

Leçon 2 : un éditeur ne vous rappelle pas ? Chérie, il n’est pas intéressé.

Si le jules avait rappelé, il aurait sûrement dit : « ça ne marchera pas entre nous, mais je t’assure, ce n’est pas toi, c’est moi ». Et bien entendu, au lieu de chercher un autre jules, on serait allée directement chez le coiffeur en passant par Weight Watchers. Là pareil : j’ai regardé de près mon manuscrit. Et c’est fou ce que j’ai vu à ce moment-là que je n’avais pas vu avant. Des trous. Des longueurs. Des questions en suspens. Bref, une tripotée de trucs qui ne me plaisaient pas.

Leçon 3 : l’auteur peut gagner de la distance et mieux juger son manuscrit lorsqu’il n’y touche pas pendant une longue période.

Leçon 3b : la frustration et la lassitude nées de ladite période peuvent voiler le jugement d’un auteur, voire entraîner la destruction d’un manuscrit pourtant tout à fait satisfaisant.

Leçon 3c : en fait, l’auteur n’a aucune idée de la qualité de son manuscrit, JAMAIS. D’où la nécessité de l’avis d’un éditeur, qui proposera des corrections et rendra le manuscrit meilleur. Si absence d’avis d’éditeur, il peut être recommandé dans certains cas extrêmes de jouer les chapitres aux dés ou au Cochon Qui Rit.

Pour le meilleur et pour le pire, je décidai de reprendre ma copie, d’en démonter toute l’histoire et d’en inspecter chaque pièce. Finalement, je coupai tant et si bien qu’à l’arrivée moins d’un quart des chapitres de la version originale avait survécu, sous une forme sauvagement modifiée.

Pendant que je m’arrachais les cheveux sur ce manuscrit pour la 2ème année consécutive, L’Avant-Dernière Chance faisait des petits. Bastei Lübbe, une prestigieuse maison d’édition allemande (Dan Brown, Ken Follett, le genre) en avait acquis les droits. Une de mes conversations avec mon éditrice allemande nous amena à mon 2ème roman et elle exprima le souhait de le lire. La plupart des chapitres étant encore à l’état de brouillon, je décidai donc de ne rédiger/peaufiner que les cinq premiers chapitres, passai deux jours sur la rédaction d’un synopsis d’une page et envoyai le tout.

Leçon 4 : l’éditeur d’origine, soit le propriétaire des droits du livre, reçoit généralement un large pourcentage (souvent jusqu’à 50%) des droits d’auteur provenant des ventes du livre à l’étranger. L’éditeur étranger à qui l’éditeur d’origine cède les droits d’un livre, ne peut toucher que les bénéfices des ventes sur son territoire. D’où l’intérêt pour un éditeur de signer un auteur prometteur quelle que soit la langue dans laquelle il écrit, récoltant ainsi – entre autres bénéfices – le fruit des cessions de droit à l’étranger.

Trois jours plus tard, je recevais par mail l’assurance de l’enthousiasme de Bastei Lübbe sur cet échantillon – ainsi que de leur impatience de lire le reste du roman (de préférence avant une date limite).

Leçon 5 : les premiers chapitres et un synopsis bien ficelé peuvent être un moyen efficace de séduire un éditeur.

Maintenant, il ne me restait plus qu’à écrire ; les conditions étaient optimales : j’avais l’aval d’un éditeur et une deadline – deux antidotes fantastiques contre le doute et la procrastination. Je me servai donc de la structure que j’avais établie comme d’un compas – et j’achevai l’écriture de mon roman en moins d’un mois. Avec en bonus, un plaisir d’écrire retrouvé et la satisfaction d’avoir signé un livre qui, même après une relecture plusieurs mois après… me plaît !

Leçon 6 : le travail de structure préliminaire paye

Le jour suivant la signature du contrat avec Bastei Lübbe, je recevais un autre email : L’Avant-Dernière Chance était entré directement à la place 49 de la liste des best-sellers de Der Spiegel. Je compris alors deux choses : 1) l’impatience de mon éditeur allemand d’acquérir les droits de mon 2ème roman 2) la qualité de cet éditeur que j’avais choisi, qui d’une parfaite inconnue avait su faire un auteur de best-seller.

Leçon 7 : un bon éditeur est un éditeur enthousiaste

Je suis donc une auteure comblée, d’autant plus que je viens de terminer une collaboration formidable avec Le Livre de Poche Jeunesse, sur des nouvelles qui sortiront – en français s’il-vous-plaît – en avril prochain…

Leçon 8 : un très bon éditeur est un éditeur très enthousiaste.

Caroline Vermalle

*Contractuellement, je ne peux pas révéler le titre que j’avais personnellement choisi pour mon opus. A ceux qui me suivent depuis le début : non, ce n’est PAS Le Vent se Lève Tard.

Retrouvez Caroline Vermalle sur son blog : www.carolinevermalle.com (Photographie Cyril Delettre)

Découvrez `L`Avant-Dernière Chance` (éd. Calmann-Lévy, 2009), le premier roman de Caroline Vermalle, lauréate du Prix Nouveau Talent 2009.

L'Auteur

Caroline Vermalle

Après des études de cinéma, Caroline Vermalle a travaillé à Londres pour la BBC, où elle a écrit et produit des documentaires. En 2009, elle a publié son premier roman, L’Avant-Dernière Chance (Calmann-Lévy, Le Livre de Poche), qui a été récompensé par le Prix Nouveau Talent 2009 et le Prix Chronos 2010. Après avoir fait un tour du monde en 2012, elle s’est installée avec sa famille en Vendée, juste en face de l’Île-D’yeu, qui lui a inspiré L’Île des beaux lendemains (Belfond, Pocket). Après Sixtine (Black Moon), un thriller pour la jeunesse paru en 2013, Caroline Vermalle publie son 3ème roman en mars 2014, Une collection de trésors minuscules (Belfond).

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