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Alicia Sebrien : « Ecrire pour les enfants m’a libérée »

A vingt-cinq ans seulement, Alicia Sebrien a déjà co-écrit deux spectacles pour enfants qu’elle met en scène au BO Saint-Martin, à Paris. Cerise sur le plateau, une nomination aux P’tits Molières 2014 vient distinguer son travail. Rencontre rafraîchissante avec une jeune femme sensible qui n’a pas fini de nous étonner.

Photo Alicia SebrienFascination

Elle ne sait pas lire que déjà, la future auteure de pièce de théâtre invente des histoires quand sa mère lui feuillette des albums imagés. Puis dès qu’elle manie la plume, Alicia Sebrien noircit des cahiers entiers, par besoin, pour y coucher ses petits et gros soucis, ses questionnements. « C’était comme un miroir », confie-t-elle. Parallèlement, la fillette solitaire dévore des livres, soutient même la gageure d’ouvrir des classiques, y prend goût, se délecte de l’écriture de Marguerite Yourcenar « qu’elle déguste régulièrement, par passages », est fascinée par Les mots de Sartre.

 

Hésitation

Si ses désirs de création sont extrêmement vifs, ils courbent pourtant l’échine devant sa raison qui la pousse à faire une licence de droit, puis à passer des concours. Mais chassez le naturel… La jeune femme s’inscrit dans un cours de théâtre, se frotte au jeu avant de découvrir la mise en scène. La passion croise alors furieusement le fer avec la raison qui finit par céder du terrain. Avec à la clé, un changement d’orientation professionnelle. « J’ai trouvé un emploi comme rédactrice conceptrice au sein d’une agence de publicité. Là au moins, je crée, même si c’est dans la réalité, le marketing. Ce choix m’a permis de me rapprocher de mes désirs. »

 

Tentation

La passion gagne en confiance, s’impose de plus en plus, jusqu’à relever un sacré défi quand on lui apprend qu’une société de production cherche un nouveau spectacle pour enfants : d’une durée de cinquante minutes, avec deux personnages, à rendre sous trois mois, écrit, monté. « Compte tenu des contraintes, de la deadline, je n’ai pas eu le temps de réfléchir. Je m’y suis mise. » Tête baissée, elle plonge dans ses rêves, lâche la bride à son imagination. Elle qui n’avait jamais rien terminé, achève son texte en cinq semaines. « Le fait d’avoir à écrire pour des enfants m’a complètement libérée car j’ai fait sauter les barrières du réel, ça m’a ouvert une porte, c’était génial. » Lorsqu’on lui demande, justement, comment on s’adresse aux plus jeunes, notre interlocutrice oppose une réponse déroutante : « en fait j’écris d’abord pour moi en traitant des thèmes qui me sont chers. Je les situe simplement dans un univers imaginaire. » Dans sa pièce, le pirate rencontre un grave problème : celui d’être gentil. Le personnage n’est pas à sa place, pas comme on attend de lui qu’il devrait être… « Au fond, qu’est-ce que l’identité ? Le regard des autres ? Pourquoi ne pas accepter d’être différent ? » s’interroge celle qui a beaucoup trébuché avant de s’engager sur le bon chemin, celui de la création. La jeune femme connaît aussi les joies et les peines de la réécriture, les allers retours entre les exigences de la production et ses convictions. « C’est difficile. Surtout quand il faut abandonner de bonnes idées car elles ne cadrent pas avec le projet. Mais c’est un apprentissage indispensable », reconnaît-elle.

 

affiche Le pirate et la poupéeRévélation
D’ailleurs, la pièce est prise, montée par Alicia Sebrien pour qui la mise en scène est une continuité de son travail d’auteure. Jean-Pierre Hadida signe la musique. Le pirate et la poupée est né ! Ce spectacle pour têtes blondes de trois à sept ans, se joue la première fois en octobre 2013 au BO Saint-Martin, rencontre le succès puis voyage jusqu’en Avignon avant de réintégrer la Capitale. Trente dates sont aussi prévues pour une tournée, jusqu’à Casablanca. Avec en prime une nomination aux P’tits Molières 2014 comme meilleur spectacle musical !

Pour écrire, la jeune femme aime être seule, peu importe le lieu. Mais il lui faut du carburant : la musique. « Le son m’embarque, m’inspire, me sort du réel et c’est à ce moment-là que je peux m’exprimer, c’est mon déclencheur. » Le compositeur Hans Zimmer (Gladiateur, Inception…) a ainsi sa préférence.

 

Affiche Bonaf ce hérosAprès Le pirate et la poupée, Alicia Sebrien a participé à l’écriture du one man show Bonaf ce héros, destiné aux petits à partir de cinq ans, qui se joue également au Théâtre BO Saint-Martin. Cette aventure a poussé la jeune auteure à sortir de sa bulle. « L’acteur était sur scène, moi je lançais mes idées et on testait en direct. Ce fut écrit de manière assez empirique. » Elle a apporté son univers du rêve et de la magie, le comédien sa personnalité d’humoriste, son énergie, son dynamisme.

Parmi ses projets, il y a aussi un roman en gestation, de nature fantastique pour les adolescents. « J’ai tous mes personnages, l’histoire, l’intrigue, le début, la fin mais je laisse mûrir mes idées avant de m’installer à l’écriture proprement dite », conclut celle chez qui la passion a finalement… le dernier mot.

 

Pour aller plus loin :

Théâtre BO Saint-Martin

19, boulevard Saint-Martin

75003 Paris

Tel : 01 42 71 5000

Le pirate et la poupée, samedi 16 h, dimanche 11 h

Bonaf ce héros, dimanche 14 h 30

Dates supplémentaires pendant les vacances scolaires

L'Auteur

Agnès Niedercorn

Journaliste pigiste, Agnès Niedercorn habite et travaille à Paris. Elle collabore à diverses publications de la presse professionnelle ou d'entreprise. En 2010, elle a reçu le Prix Nouveau Talent pour son premier roman "Idylles, mensonges et compagnie", paru aux éditions Calmann-Lévy. Elle est également l'auteur du blog www.histoiresdeportables.com.

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