Chroniques

Apprendre à être écrivain : une fiction ?

Permettez-moi une petite anecdote personnelle… Lorsque j’ai démissionné au bout d’une vie professionnelle longue et ardue (deux ans) pour écrire, j’ai connu la fameuse période de préavis où tout le monde vous demande ce que vous allez faire. Un jour, alors que je répondais une fois de plus « écrire » parce que je n’avais aucune intention d’inventer un mensonge, j’ai complété, devant le regard ébahi de mon interlocuteur, par « je commencerai par prendre des cours peut-être ». Réponse. « Prendre des cours ? Pour écrire ? Ca existe ? ».

Dans l’absolu, la réponse est oui. Des ateliers, des séminaires, des livres qui s’appellent comment écrire une bonne histoire en 21 jours (ou presque), bref.

Personnellement, j’avais dans l’idée de me débarrasser vite fait de mon interlocuteur quand j’ai dit ça, histoire de couper court à toute question indiscrète. Parce qu’en lieu et place de « cours » j’ai participé à une dizaine de concours de nouvelles, tentant chaque fois de m’améliorer un peu plus, en attendant comme le Saint-Graal le jour où j’allais attirer l’attention d’un jury et récolter des avis qualifiés.

Il n’en reste pas moins qu’une partie de moi croyait au doux rêve que quelqu’un quelque part saurait me dire ce qu’il fallait améliorer, travailler, pour parvenir à donner vie de la meilleure manière qui soit à mon histoire. Une sorte de chaman qui grâce à quelques phrases bien senties me donnerait suffisamment de clés pour comprendre ce mystère que je voulais prendre à bras-le-corps : l’écriture.

Alors, existe-t-il ce manuel de recettes de Chefs, pour écrire un roman en dix leçons ?

Certains modes d’écriture s’apprennent.

Ce sont toutes ces expressions de vie, ces témoignages, ces volontés de raconter une expérience vécue. En somme, tout ce qui tient du documentaire, plus ou moins romancé selon l’envie et le sujet, pour le rendre instructif, pertinent et agréable à suivre. Vous voulez raconter dix années passées en Thaïlande comme membre d’une ONG ? L’enfance d’un libanais sous les bombes ? Une parenthèse dorée comme chercheur d’or en Uruguay ? Une expérience insolite sur les sites de rencontres par Internet ? Lorsqu’on a le contenu, on peut apprendre à le mettre en valeur avec l’aide d’un ponte de l’écriture. Que cela présente ou non un intérêt littéraire est une toute autre question…

Mais que fait-on lorsque le contenu, tout droit sorti de la seule imagination, est fluctuant et intimidant ? Que faire pour raconter la vie de personnages fictifs et inconnus quand on ne sait pas par où commencer ? On leur fait passer un entretien d’embauche règlementaire ?

Qui cherche trouve.

Aucun auteur ne sait réellement dire pourquoi il écrit. C’est un fait, une sorte de pulsion récurrente qui s’impose envers et contre tout. Mais attendre dans un coin d’être frappé par la foudre de l’inspiration n’a jamais amené quiconque à devenir écrivain. Etre actif, aiguiser ses couteaux chaque jour, être attentif à la manière dont les autres écrivains travaillent, écouter leurs conseils, participer à des ateliers d’écriture, voilà autant de façons, à défaut de produire des miracles, de rester dynamique et concentré. Ce qui est intéressant dans les « cours » ou ateliers c’est ce travail sous contraintes qui pousse plus loin les limites naturelles d’une imagination en herbe. Lorsqu’on est en recherche d’apprentissage (car c’est bien là la question de ce billet), les réponses résident dans tout ce qui peut fait sortir des habitudes et du ‘ronronnement en rond’. Tout ce qui peut faire travailler les méninges et augmenter le volume de travail de ce cher muscle littéraire. On se confronte à l’autre, on sonde plus profondément sa propre intimité littéraire, on gagne en maturité… en somme, on se nourrit de nouveaux éclairages et on pioche un peu plus loin dans nos possibilités.

Un atelier d’écriture n’est pas une affaire de plan, de grand A petit 1, de cours magistral. Il est avant tout un lieu d’échanges, parfois nécessaire à la mise en route de la machine, comme un tour de clé donné par le garagiste pour faire démarrer le moteur.

En bref : toutes les sources d’inspiration pour améliorer sa façon de travailler sont bonnes à prendre. Est-ce à dire que l’on peut apprendre à « être inspiré » ? Bien sûr que non, mais quand le besoin s’en fait sentir, il y a du bon à se faire aider pour déterrer (parfois à la pelleteuse) ce qu’en réalité on a déjà bien souvent au fond de soi.

Accepter l’inconnu.

Il y a quelque chose que personne ne sait enseigner et sur laquelle repose toute une vie et survie d’écrivain. C’est l’envie vissée au corps d’écrire. Une volonté à toute épreuve que la page blanche à remplir soit notre place en ce monde, celle où l’on se sent chez soi. C’est là, dans cette conviction inébranlable que se puise la force et les réponses. On peut recevoir les bras ouverts les conseils précieux d’écrivains et animateurs aguerris d’ateliers, mais au bout du compte, personne ne peut nous apprendre notre identité d’écrivain.

Oui, car ce que l’on écrit est une résonance de ce que l’on est, de sa nature, des émotions à l’œuvre d’une manière ou d’une autre, même s’il s’agit de polars aux meurtres sanglants écrits par une petite blonde à lunettes. Ecrire est une histoire de personnalité, où ce que l’on est compte tout autant que ce que l’on écrit, du moins je le crois. Et je précise mon propos : je ne dis pas que l’on parle de soi dans ses livres, je dis qu’ils sont nous. Ils font partie de notre ADN parce qu’ils reflètent une part de vérité, celle de la conviction, de la confidence, de ce qui est à l’œuvre au fond de notre esprit, peu importe que l’on parle d’une comédie ou d’un drame.

Trouver son terrain de vérité, son champ littéraire personnel, voilà le meilleur des enseignements. Si la compagnie ou le regard des autres sur le travail est parfois un manque cruel, l’atelier d’écriture peut être un coup de pouce du meilleur aloi. Mais le secret des Dieux Littéraires n’existe pas. Ce secret, c’est nous et notre cheminement personnel dans les méandres de la fiction.

Car sous cette conviction intime, parfois nébuleuse, que l’on veut à tout prix écrire une fiction, se trouve un petit coffre élégant, un écrin créatif dans lequel se cache un jardin d’Eden. Ce jardin, c’est l’espace de création que l’on s’octroie. Ce sont ces quelques minutes bénies où, au départ d’une création puis au cours de son écriture, on se trouve frappés d’évidences à l’origine mystérieuses mais qui s’imposent comme le chemin à suivre. Si écrire ne s’apprend pas, on l’appréhende avec le temps, avec de la patience, en mettant tout son cœur à l’ouvrage.

Cultivons chaque jour ce petit trésor caché en nous et attachons-nous à son bien-être. Le reste n’est que… littérature !

 

Coline Lemeunier a été lauréate du Prix Nouveau Talent en 2008 pour son premier roman 1tox (éd. Calmann-Lévy). Elle est aujourd`hui rédactrice indépendante et vous pouvez la retrouver sur son blog : (mes) aventures d`auteur

L'Auteur

Coline Lemeunier-Daurat

Coline Lemeunier a été lauréate du Prix Nouveau Talent en 2008 pour son premier roman 1tox (éd. Calmann-Lévy). Elle est aujourd’hui rédactrice indépendante.

Commenter

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 

2 Commentaires

  1. Écrire, c’est de la chair en mots.
    L’inspiration est l’autre nom du travail.
    Vrai que si je pouvais arrêter de bosser pour écrire, je signerais tout de suite…mais peut-être que ce jardin secret que je retrouve chaque soir deviendrait une vaste friche. Le fruit défendu a aussi son charme ( je me console comme je peux!) :)
    Merci pour cet article plein de vérité(s)!


  2. Un très bon article! Il est vrai qu’être écrivain est un doux rêve que caresse beaucoup de monde, sans vraiment oser franchir le pas.
    Vous avez osé : bravo!