Chroniques

Connais-toi toi-même (ou comment augmenter ses chances d’être publié), par Caroline Vermalle

Le Mog

Votre manuscrit est enfin fini ! Vous êtes profondément soulagé… et bien entendu impatient de l’envoyer aux éditeurs. Mais c’est étrange, quand vous repensez à votre livre, il y a des passages qui grincent, comme des pièces de puzzle qu’on aurait fait rentrer en les écrabouillant du pouce. Ou des personnages qui sont là mais qui vous échappent. Et quand vous dites que vous écrivez un roman, vous avez du mal à répondre clairement à la question : « c’est quoi l’histoire ? » Vous vous dites, ça passera, personne ne s’en apercevra, le reste est bon, etc. Ne vous méprenez pas : l’éditrice, elle, elle verra que ça grince en un-demi coup d’oeil et votre livre sera rejeté.

Si vous avez déjà un contact dans le monde de l’édition, l’éditrice en question vous dira peut-être qu’elle sait que votre manuscrit est un document de travail non abouti et qu’elle le jugera comme tel, donc envoyez-le en l’état. C’est un piège ! On vous jugera sur ce manuscrit, que ce soit un chef d’oeuvre achevé ou un brouillon. Et le manuscrit sera rejeté tout pareil. (Ceci vaut pour un premier roman comme un deuxième, voire un troisième – un auteur doit avoir fait ses preuves avant qu’un éditeur puisse entrevoir la qualité d’un manuscrit au-delà des maladresses d’une première version). Quelle est la solution ?

RETRAVAILLER, RETRAVAILLER, RETRAVAILLER

Idéalement, engagez une lectrice(eur)/correctrice(eur) – c’est un investissement financier conséquent, mais les résultats en valent la peine. Considérez l’exercice comme une répétition générale de l’envoi aux éditeurs. Ce que votre correctrice vous dira, c’est ce que l’éditrice aurait pu vous dire, mais ne vous dira jamais. Faute de budget, papa, maman, les amis, les collègues sont votre comité de lecture. Mais attention : donner votre manuscrit aux proches est un parcours miné, voir pourquoi et comment contourner les écueils ici. Mais il y a un moyen plus court de vous faire remarquer par les éditeurs.

LE RACCOURCI* 

Mieux vaut un synopsis bien léché et deux chapitres irréprochables qu’un manuscrit complet et bancal. Oui, il est possible d’allécher certains éditeurs avec seulement quelques pages. Le synopsis en question détaillera toute l’histoire du début à la fin – trouvez l’équilibre entre en dire trop et perdre l’attention du lecteur et ne pas en dire assez et perdre la profondeur de l’histoire (pour info, les miens font moins de 10 pages). Quant aux premiers chapitres, ce sont eux qui vont donner le ton, le rythme, le style et pardessus tout, ils vont créer chez le lecteur l’envie, que dis-je, le besoin obsessionnel de lire la suite !

C’EST QUOI L’HISTOIRE ?

Un exercice à ajouter à ce « dossier » synopsis + premiers chapitres : la 4ème de couv’! Eh oui, imaginez déjà votre livre sur les étagères du libraire et concoctez une petite centaine de mots qui allèchera l’éditeur comme le lecteur. Soyez avertis, l’écriture de ce pauvre petit paragraphe est une torture sans nom, mais, bien tourné et ajouté à l’email/lettre d’accompagnement à la maison d’édition, c’est un bon moyen pour motiver l’éditeur à ouvrir votre pièce jointe. Et en bonus, vous serez équipé pour répondre à la sempiternelle question : « c’est quoi l’histoire ? »

CONNAIS TOI TOI-MEME

Enfin, lorsque vous en serez à rédiger cette lettre d’accompagnement à la maison d’édition, posez-vous la question : à quoi, ou plutôt à qui ressemble votre roman ? C’est plutôt du Paul Auster ou du Paul-Loup Sultizer ? Du J K Rowling ou du J D Salinger ? S’inscrit-il dans un genre particulier ? C’est du polar ? Plutôt Jø Nesbo ou Fred Vargas ? (Si ce n’est pas vous qui vous collez cette étiquette, c’est l’éditeur qui le fera, puis le libraire, puis les lecteurs. Ce « jumelage » avec des auteurs/genres qui ont fait leur preuve vous aidera non seulement à vous vendre, mais aussi à être beaucoup plus judicieux dans le choix de la maison à qui vous adresserez votre projet) Mais l’exercice va plus loin. Maintenant que vous savez dans quel rayon votre libraire mettra votre livre, demandez-vous : qu’est-ce qui fait ma patte ? Qu’est-ce qui me différencie des autres auteurs, qui fait que je suis unique ?

ENFIN PRÊT !

Voilà, votre « dossier » lettre + synopsis + 2 chapitres est prêt à envoyer aux maisons d’édition. Mon pari est qu’à présent, vous avez une connaissance beaucoup plus profonde de votre roman. L’écriture du synopsis vous aura permis de voir plus clairement la structure de votre histoire et de différencier le nécessaire du superflu. Vos deux chapitres impeccables auront aiguisé votre style d’écriture et le rythme que vous voulez donner à vos pages. Ce travail acharné sur la quatrième de couv’ aura révélé ce qui est réellement au coeur de votre histoire. Et enfin vous aurez découvert ce qui fait votre force en tant qu’auteur.

Avant d’envoyer votre paquet à Saint-Germain-des-Près, jetez un coup d’oeil à votre manuscrit. Soudain les modifications à y apporter pour le rendre meilleur seront d’une effrayante clarté. Pourquoi ne pas prendre quelques semaines encore pour produire une deuxième version… et augmenter vos chances d’être publié ?

Bon courage !

Caroline

* ce raccourci ne doit être tenté QUE si vous avez un manuscrit complet sous le coude…

Caroline Vermalle a été lauréate du Prix Nouveau Talent en 2009 pour son premier roman L`avant-dernière chance (éd. Calmann-Lévy) qui a également reçu le Prix Chronos en 2011. En 2012, le Livre de Poche Jeunesse a publié une de ses nouvelles dans « Nouvelles Contemporaines, Regards sur le Monde » actuellement en librairie. Son prochain roman sortira en 2013 aux éditions Belfond.
Retrouvez Caroline Vermalle sur son blog : www.carolinevermalle.com
 (Photographie Cyril Delettre)

L'Auteur

Caroline Vermalle

Après des études de cinéma, Caroline Vermalle a travaillé à Londres pour la BBC, où elle a écrit et produit des documentaires. En 2009, elle a publié son premier roman, L’Avant-Dernière Chance (Calmann-Lévy, Le Livre de Poche), qui a été récompensé par le Prix Nouveau Talent 2009 et le Prix Chronos 2010. Après avoir fait un tour du monde en 2012, elle s’est installée avec sa famille en Vendée, juste en face de l’Île-D’yeu, qui lui a inspiré L’Île des beaux lendemains (Belfond, Pocket). Après Sixtine (Black Moon), un thriller pour la jeunesse paru en 2013, Caroline Vermalle publie son 3ème roman en mars 2014, Une collection de trésors minuscules (Belfond).

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3 Commentaires

  1. Bonjour,

    Toute une étape pour publier un livre :).
    Je préfère le net et émettre mes idées sans restriction. En plus, la publication est instantanée.
    Merci quand même pour les conseils.


  2. Bonjour Caroline,

    Qu’entendez-vous par : « un auteur doit avoir fait ses preuves » ?
    De quelles preuves un éditeur a-t-il besoin ?

    Merci de votre réponse.
    Bien amicalement
    Michèle