Chroniques

Ecrire en voyage, par Caroline Vermalle

Eh oui, je suis toujours en voyage. J’entame à présent mon 7ème mois de tour du monde et je suis ravie de vous annoncer que je me la coule douce à Bali. Je reviens d’un massage relaxant d’une heure, avec bain de vapeur et jacuzzi, le tout au milieu d’un jardin tropical. Et ce qui est miraculeux, c’est que je ne ressens aucune culpabilité. Et pourtant, le sentiment de culpabilité, ça me connaît – parbleu, je suis écrivain ! Un écrivain se sent TOUJOURS coupable de ne pas écrire.

Non, là je suis zen et j’en profite. Pourquoi ? Parce que je viens de finir un roman, bien sûr. Emballé, c’est pesé, envoyé à l’éditeur. Donc après des mois de travail (en voyage), je prends des vacances (en voyage). Mais j’en profite tout de même, les orteils dans la piscine et sirotant un thé au gingembre, pour vous parler d’un thème dont je suis devenue experte : l’écriture en voyage.

Ah, le voyage. Si propice à l’écriture. La contemplation infinie, les carnets de bord éphémères, les paquebots mythiques, les empreintes illustres, les destinations-muses, les épiphanies tropicales, et l’inspiration à toutes les latitudes. En voyage, l’homme ordinaire devient poète et le poète devient extraordinaire.

En 7 mois de baroude, j’ai écrit un roman ainsi que des nouvelles à chaque destination. Le rêve, non ? Vous m’imaginez, mon ordinateur sur fond sublime d’une montagne argentine, d’un lac chilien et d’un paysage néo-zélandais, sous le regard d’un Moai ou d’une déesse hindoue – et vous auriez raison. Oui, j’étais là…

Mais j’aimerais aussi partager avec vous ce cliché intéressant :

C’était au fin fond de la Nouvelle-Zélande. Il était 5h du matin. Ma chambre de B&B n’avait pas de bureau, le reste de la famille dormait et j’avais un synopsis de cinquante pages à rendre à mon éditeur le soir même. La salle de bains/WC était le seul endroit où je pouvais m’asseoir et m’isoler. Et voilà. La semaine dernière encore, à Bali, je rédigeais quelques chapitres dans une voiture garée en plein soleil, au milieu du jardin botanique. En Australie, j’ai écrit des lignes dans un camping car en panne, en Argentine dans la bibliothèque d’une vieille ferme qui était (j’en suis sûre!) hantée. A Valparaiso, j’ai posé mon laptop sur le plan de travail de cours de cuisine chilienne. Il y a eu aussi les terminaux de bus et les halls des aéroports et les McDonalds et la salle de jeux d’un ferry et j’en passe…

Bref, pour moi c’est cela, l’écriture en voyage. Parce que pour un auteur, écrire devient plus qu’un hobby qui occupe ces heures rares de contemplation inspirée. C’est un travail qui doit être effectué tous les jours et par tous les temps, les jours avec et les jours sans.

Et alors que je réalisais mon rêve de voyage, cette épopée superbe autour du monde, ce challenge qui restera gravé dans ma mémoire comme l’un des grands épisodes de ma vie, combien de fois rêvais-je simplement… d’une chaise et d’une table.

PS : je vous envoie tout de même la photo d’une fois où j’avais une chaise, une table…et cette vue là. Saurez-vous me dire où elle a été prise ?

Caroline Vermalle a été lauréate du Prix Nouveau Talent en 2009 pour son premier roman L`avant-dernière chance qui a également reçu le Prix Chronos en 2011. En 2012, le Livre de Poche Jeunesse a publié une de ses nouvelles dans « Nouvelles Contemporaines, Regards sur le Monde » actuellement en librairie.

Retrouvez Caroline Vermalle sur son blog : www.carolinevermalle.com

(Photographie Cyril Delettre)

L'Auteur

Caroline Vermalle

Après des études de cinéma, Caroline Vermalle a travaillé à Londres pour la BBC, où elle a écrit et produit des documentaires. En 2009, elle a publié son premier roman, L’Avant-Dernière Chance (Calmann-Lévy, Le Livre de Poche), qui a été récompensé par le Prix Nouveau Talent 2009 et le Prix Chronos 2010. Après avoir fait un tour du monde en 2012, elle s’est installée avec sa famille en Vendée, juste en face de l’Île-D’yeu, qui lui a inspiré L’Île des beaux lendemains (Belfond, Pocket). Après Sixtine (Black Moon), un thriller pour la jeunesse paru en 2013, Caroline Vermalle publie son 3ème roman en mars 2014, Une collection de trésors minuscules (Belfond).

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