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Ecrire sous contrainte I : L’improvisation littéraire

Je pensais que pour écrire, le seul guide à suivre était l’inspiration. Je pensais que, comme un GPS (mis à jour), elle seule pouvait nous mener à bon port. Je pensais que l’écriture souffrait mal la contrainte. Puis j’ai rencontré… Marc-Michel Georges.

L’homme triplement prénommé a créé il y a quelques années des soirées intitulées « l’Amour d’écrire en direct ». Le concept est simple : 4 auteurs, baptisés « écrivants » pour l’occasion, s’affrontent en public dans des défis d’écriture.

L'Amour d'écrire en direct 2 Juin 2014

L’Amour d’écrire en direct 2 Juin 2014

Les contraintes sont données par le maître – déjanté – de cérémonie, puis les candidats ont dix minutes pour rédiger un texte, tandis que sur scène des comédiens, danseurs, musiciens et au

tres artistes improbables se succèdent face aux spectateurs ravis par tant d’éclectisme.

J’avais assisté à une précédente soirée de « l’Amour d’écrire en direct » et regardé avec stupéfaction les quatre écrivains improviser des textes façon Oulipo 2.0 (certains tapotant leurs créations sur Ipad…). Je pensais alors que je serais bien incapable d’écrire un texte sous (tant de) contraintes. Pourtant, quand l’homme aux trois prénoms m’a proposé de m’y essayer… j’ai accepté. Je voulais dire « non » vrai de vrai, mais mon inconscient (ou plutôt mon inconscience) en a décidé autrement.

 

Ce soir-là je me retrouve donc perchée sur la scène du théâtre de la Boussole à Paris, face à une centaine de personnes avides d’entendre nos « créations improvisées ».

L'Amour d'écrire en direct 2 Juin 2014

L’Amour d’écrire en direct 2 Juin 2014

Défi numéro 1 : écrire un texte dont le personnage principal s’appelle Robert, lieu : la mer. Objet : un mât.

Défi numéro 2 : s’inspirer d’une personne choisie dans le public pour rédiger un texte sans verbe (mais si possible, avec verve).

Défi numéro 3 : inventer un dialogue dont un inconnu de la salle donnera la réplique.

Défi numéro 4 : écrire en direct (en l’occurrence, plutôt « dire en direct ») et en 1 minute 30 un texte commençant par une phrase tirée au hasard.

 

Les textes de mes co-écrivants tournent souvent autour du sexe et ses déclinaisons métaphoriques. Je décide de ne pas m’aventurer sur ce terrain. Non par pudibonderie, mais par réaction. En un temps si court, il est difficile d’installer une situation, de traduire des émotions. Il faut faire rire, être efficace, et quoi de plus efficace que le sexe pour astiquer les zygomatiques du public ? Mes compagnons « circonvoluent » sur le sujet avec plus de finesse que les humoristes Bigarrés soit, mais le champ lexical employé reste localisé sous la ceinture. De mon côté, portée par un élan mêlant stress et excitation (pardon), je m’emploie, goutte au front et montre en main, à élucubrer d’autres situations. Les textes sont plus ou moins absconds, offrent une chute plus ou moins amortie, mais ils semblent avoir l’heur de plaire au public, qui calme mes doigts tremblotants et encouragent mes tentatives.

L'Amour d'écrire en direct 2 Juin 2014

L’Amour d’écrire en direct 2 Juin 2014

Ludique et impudique – puisque c’est malgré tout de mise à nu qu’il s’agit – l’expérience est passionnante. Ecrire dans son salon ou sous pression n’a rien à voir. Et il faut croire que la contrainte et moi nous réconcilions, puisque, titre « d’écrivante du soir » en poche, je remets ça lundi 22 juin à 20h30 au Lucernaire pour la prochaine édition de « l’Amour d’écrire en direct ».

Je ne saurai que trop vous recommander d’y participer en tant que public-juré (craché, vous ne le regretterez pas).

 

L'Auteur

Sandra Reinflet

Sandra Reinflet est née en 1981. Auteure de deux premiers livres, Same same but different et Je t’aime [maintenant] (Michalon Éditeur), elle vient de publier “Qui a tué Jacques-Prévert?”(La Martinière), ouvrage tiré du reportage éponyme. Sandra est également auteur-compositeur de chansons. Par le texte, la musique et la photographie, cette voyageuse touche-à-tout passe son temps à modeler et inventer des histoires vraies.

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