Chroniques

Editeur indépendant : du sacerdoce à l’art de savoir tout faire soi-même

L’été dernier, le magazine Livres Hebdo a publié 4 portraits d’éditeurs indépendants : Héloïse d’Ormesson, Olivier Gallmeister, Sabine Wespieser (Swediteur) et François Verdoux (Sonatine Editions). Ils se sont lancés dans le métier il y a quelques années ; leurs catalogues sont remarqués et appréciés. Pourquoi l’ont-ils fait ? Comment travaillent-ils ? Comment voient-ils l’évolution de leur métier à l’heure du numérique ?… Nous nous sommes replongés dans ces interviews pour tenter de mieux comprendre ce qui fait la spécificité, la fragilité et la force d’un éditeur indépendant.

Un seul mot d’ordre pour ces quatre éditeurs : le plaisir de lire et de se sentir libre ! Ils revendiquent avant tout une liberté dans le choix des textes qu’ils publient, des textes à leur image, des livres qu’ils aimeraient lire. Par exemple, Sonatine Editions a fait le choix de publier essentiellement des romans noirs ou de rééditer des titres majeurs épuisés. Par ailleurs, ils ont choisi de devenir éditeur indépendant pour échapper au diktat de « la mode dans l’édition », dévoiler de nouveaux auteurs, se distinguer des grands groupes et combattre la surproduction. Leur réussite dépend du marché et non d’un chef d’entreprise ou des actionnaires. Selon Héloïse d’Ormesson, « la diversité de la chaîne du livre se traduit par une pluralité de publications très appréciable ». En effet, ces éditeurs luttent contre une littérature de masse et prônent une littérature plus qualitative, une production de livres qui serait réfléchie, choisie et rare.

Ces maisons d’édition se distinguent des grandes enseignes par leur taille. Créées au départ par deux personnes avec un investissement familial ou personnel, elles travaillent aujourd’hui avec une équipe de moins de dix personnes. Elles mettent au cœur de leur métier l’humain : non seulement par leur taille, qui leur permet d’être polyvalents, mais elles souhaitent travailler dans un esprit de famille, proches des auteurs et des libraires. Sabine Wespieser a eu envie de porter la double casquette ; le rôle de l’editor, celui qui lis et relis les textes, qui reste proche des textes et le rôle de publisher, celui qui fabrique et porte les textes auprès de la presse et surtout des lecteurs. Héloïse d’Ormesson et François Verdoux ont fait le choix de publier une vingtaine de livres par an ; quant à Gallmeister et Swediteur, leur publication se limite à dix livres par an. Dans les deux cas, la stratégie reste identique : maîtriser la production. Il s’agit de publier des livres de qualité aussi bien dans le contenu que dans l’aspect extérieur. Les éditions Gallmeister proposent par exemple des livres cousus et un papier plus épais.

Cependant, le travail reste le même : promouvoir le livre et son auteur. Ces quatre éditeurs ont su créer un rapport privilégié avec les libraires et travaillent avec eux en étroite collaboration. Les éditions Swediteur n’ont pas de chargé de relations presse car ils préfèrent travailler en direct avec les librairies et défendre eux-mêmes leur livre. Ils misent sur la promotion sur le point de vente, proposent avec leur livre un pack, c’est-à-dire du matériel pour la mise en avant de leurs nouveautés, un investissement important mais nécessaire. Héloïse d’Ormesson attache une attention particulière à l’objet et à la fabrication des livres et de leur couverture. En effet, si la presse et les libraires ne remarquent pas le livre, c’est l’échec assuré, il se retrouve noyé dans la masse. Olivier Gallmeister explique, quant à lui, qu’il passe près d’un tiers de son temps à rencontrer les libraires. Leur difficulté ? S’inscrire dans la durée grâce à la notoriété. Tous les quatre insistent sur le fait qu’un travail monstrueux est réalisé au quotidien mais qu’il constitue le charme de leur métier. Il faut également déceler les habitudes des consommateurs. Les éditions Gallmeister ont créé une collection semi-poche, Totem, qui permet de toucher un nouveau lectorat et de pérenniser les auteurs. Par ailleurs, les tâches administratives prennent une place importante dans leur métier.

Et le numérique dans tout cela ? Ils font tous le même constat : le numérique ne remplacera pas le livre papier et ne fait pas peur ! Marché embryonnaire, il augmente simplement la diffusion et la visibilité. Sabine Wespeiser cite un chiffre ; d’après un sondage, 91% des 18-25 ans ne croient pas que l’avenir du livre soit numérique. De quoi les rassurer. Il suffit juste, d’après eux, de s’organiser différemment et de s’adapter en proposant à la fois la version papier et numérique, comme Sonatine Editions pour leurs titres phares. Autre argument : valoriser le travail fait en librairie, lieu de la culture et de rencontres, rencontre entre le libraire et le livre, rencontre entre le libraire et le lecteur et rencontre entre le lecteur et le livre. D’après Olivier Gallmeister, ce sont les fabricants de matériels (Apple, Samsung ou Sony) qui pourraient finir par l’emporter.

Du 18 au 20 novembre 2011 se tiendra à Paris la 9ème édition du Salon des éditeurs indépendants, l’occasion de rassembler la profession et de réfléchir ensemble pour continuer à contribuer activement à la « bibliodiversité ».

Pour en savoir plus sur ce salon : www.lautrelivre.net