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La première fois que…j’ai rencontré un écrivain

SR la premiere fois que

La première fois que j’ai rencontré un écrivain, un vrai (rien à voir avec le – par ailleurs très beau – roman de Pia Peterson), j’ai découvert la persévérance.

Jusqu’alors j’imaginais le romancier, romantique à souhait, traversant d’intenses périodes de doutes puis des nuits inspirées, carnet sur les genoux, whisky dans la main. Son œuvre, si elle était bonne, devait forcément être publiée. Bien sûr, les éditeurs n’enfilent ni ne passent à côté des perles.
Pour le succès, j’étais bien informée qu’il n’allait pas forcément de pair avec la qualité. Mais avant de rencontrer Erwan Larher, je pensais que l’écriture d’un roman était question d’inspiration et de talent. Point.
J’avais mésestimé la part essentielle du travail.
Laissez-moi vous raconter le parcours de cet auteur que nous nommerons désormais EL et qui par l’exemple, nous livre une belle leçon d’acharnement.

Billet 5 - mains ecritureEL a toujours su qu’il voulait être écrivain. Il a écrit ses premiers manuscrits à l’adolescence puis les a envoyés à quelques maisons. Il n’a alors essuyé que des refus dont un, manuscrit, de la part de Jean-Marc Roberts, l’illustre éditeur des éditions Stock. Cette lettre, qui disait en substance que malgré des faiblesses, ce texte laissait entrevoir la substance d’un grand écrivain, fut pour EL la confirmation qu’il devait persévérer.
Pendant plusieurs années, en parallèle d’études en sciences politiques, il écrivit plusieurs textes, dont un qui, vingt ans plus tard deviendrait L’Abandon du mâle en milieu hostile. Titre bien à propos à l’époque puisque tous ses romans furent refusés.
EL bifurqua alors dans l’industrie musicale, où les paillettes et les soirées à bulles eurent tôt fait de lui tourner la tête. Le soir, il continuait à écrire (au grand dam de ses femmes successives), mais de manière de moins en moins assidue.
A trente ans et des poussières, EL a réalisé qu’il ne pouvait pas continuer comme ça. Il a démissionné de son (bon) job pour devenir secrétaire à mi-temps et ne plus faire qu’écrire. Ecrire, c’est la seule chose qu’il ait jamais su, aimé, et imaginé faire. Il lui a sacrifié le confort matériel, la stabilité amoureuse, l’idée d’avoir une famille… Et malgré encore dix ans d’insuccès, il est resté convaincu d’être sur la bonne voie.

En 2010, les éditions Michalon lui ont donné raison en publiant Qu’avez-vous fait de moi ?, son premier roman. EL avait quarante ans.
Il s’est ensuite installé dans une résidence d’écriture pour peaufiner Autogenèse loin de l’agitation sociale et des contraintes matérielles.
Et en 2013, L’abandon du mâle en milieu hostile a enfin vu le jour.

Preuve qu’il faut parfois attendre qu’un texte mûrisse, qu’il trouve le bon public et le bon moment. Il faut surtout y avoir consacré des heures et des heures de travail, devant son écran, son cahier, les feuilles imprimées de ses premiers jets, à lire les phrases à voix haute pour entendre la musique des mots…
Pour EL, la littérature est un artisanat. Il est temps d’oublier le mythe du romancier-né. L’écriture, c’est 10% d’inspiration et 90% de travail (voire 5% et 95% selon Bertrand Guillot). Alors si vous êtes convaincus de vouloir sculpter des histoires, hé bien, affûtez vos outils et… au boulot !

L'Auteur

Sandra Reinflet

Sandra Reinflet est née en 1981. Auteure de deux premiers livres, Same same but different et Je t’aime [maintenant] (Michalon Éditeur), elle vient de publier “Qui a tué Jacques-Prévert?”(La Martinière), ouvrage tiré du reportage éponyme. Sandra est également auteur-compositeur de chansons. Par le texte, la musique et la photographie, cette voyageuse touche-à-tout passe son temps à modeler et inventer des histoires vraies.

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