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L’écrivain à l’épreuve du quotidien #2: L’écrivain du mercredi-samedi-dimanche

SA lecrivain a lepreuve du quotidien

Romancière trois jours par semaine, salariée les quatre autres. Ou l’inverse. La schizophrénie ne semble pourtant pas être une fatalité… Son dernier roman (À qui le tour ? Le Dilettante, 2013) met en scène des grands gagnants du loto. Dans la vraie vie, Murielle Renault n’a pas gagné – il lui arrive pourtant de jouer ! Rencontre avec un écrivain qui mène une double vie dont les deux volets sont bien cloisonnés.

Je suis un écrivain douze heures minimum par semaine

Je ne suis pas un écrivain à temps plein, je suis un écrivain du dimanche. Enfin, du mercredi-samedi-dimanche. Les autres jours, je me consacre à mon « vrai » travail, celui qui me rapporte de l’argent et me fait manger (je travaille dans l’informatique, aux 4/5èmes, donc). Les jours où je travaille, je n’écris pas, même pas le soir, je ne suis pas assez « fraîche ». De même que je n’écris pas quand je pars en vacances. Mais revenons aux mercredi, samedi, dimanche : ces jours-là, j’essaie de travailler au moins quatre heures. Ça peut sembler peu, mais il faut aussi s’acquitter des corvées et garder du temps pour se détendre (et ne pas vivre comme un ours !)… Donc, douze heures minimum par semaine. Ça peut être plus (j’essaie), ça peut être moins (j’évite). Est-ce que ça me convient ? Non, ça n’est pas assez, j’aimerais pouvoir y consacrer plus de temps, entre autres pour éviter que mes projets s’étirent sur des mois (voire des années), alors je m’offre des extras quand c’est possible. En ce moment, par exemple, pendant deux mois, je ne travaille qu’un jour par semaine (pour mon « vrai » travail), et mon roman avance à toute allure : c’est super !

L’écriture inconsciente, une espèce de tâche de fond

(c) Wilfrid Gerber

(c) Wilfrid Gerber

J’écris essentiellement chez moi, assise confortablement à mon bureau, au calme. Je peux travailler dans des lieux publics (le train, par exemple), mais ça reste tout à fait exceptionnel.
Quand je suis à mon « vrai » travail, je n’ai absolument aucun neurone libre pour penser à l’écriture. Même chose quand je suis avec du monde, d’une manière générale. Le reste du temps, je peux réfléchir à ce que je suis en train d’écrire, mais ça n’est pas obsessionnel. Ceci étant, je pense que ça travaille inconsciemment, comme une espèce de tâche de fond. C’est pour ça que ça n’est pas si mal d’espacer les séances d’écriture (il faut bien trouver des avantages à ce qui, de fait, est imposé !), ça permet aux idées de murir d’elles-mêmes. Sinon, il y a deux activités particulièrement propices à ma réflexion d’écrivain : le jogging et le moment où je me couche, avant de m’endormir. Mais ça n’est pas de l’ordre de l’écriture « dans ma tête », c’est plus de l’ordre de la construction (de l’histoire, des personnages), je teste des pistes, j’essaie de trouver ce qui tiendra la route…

L’écrivain n’est pas une diva. Quand on veut écrire, on s’organise !

C’est très paradoxal parce qu’à la fois je rêverais de ne pas avoir à travailler pour pouvoir écrire plus, et en même temps je crois qu’il est très bien de ne pas compter sur ses livres pour manger, ce qui permet de rester libre vis-à-vis de l’écriture (au sens, sans obligation de produire). Et puis, je crois que l’écrivain n’est pas une diva, il n’y a pas de raison qu’il échappe plus que tout un chacun aux contraintes du quotidien. Et ceux qui prétendraient que c’est à cause de ces contraintes qu’ils ne pourraient pas écrire, se mentiraient… quand on veut écrire, on s’organise, après les choses prennent plus ou moins de temps.

 

Murielle Renault est l’auteur de nouvelles parues en recueils collectifs chez aNTIDATA et de quatre romans publiés au Dilettante : Enfin la vérité sur les contes de fées (2007), Le Strip-tease de la femme invisible (2008), Oui… (2011) et À qui le tour ? (2013).

L'Auteur

Sophie Adriansen

Sophie Adriansen est l’auteur d'une quinzaine d'ouvrages en littérature générale et jeunesse ainsi qu'en non-fiction. Elle a signé deux biographies, cosigné des témoignages et été formée à l’écriture de scénario à la Fémis. Elle tient depuis 2009 le blog de lecture Sophielit. Derniers ouvrages parus : Max et les poissons (Nathan, 2015) et Naître et grandir en musique (Télémaque, 2016) http://www.sophieadriansen.fr

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