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L’écrivain à l’épreuve du quotidien #4 : Écrire et lire les manuscrits des autres

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On a beaucoup parlé de la romancière à l’occasion de la rentrée littéraire (Les Enfants de chœur de l’Amérique, éditions Anne Carrière). Quand elle n’écrit pas, Héloïse Guay de Belissen lit… les manuscrits des autres. Lectrice pour des maisons d’édition, elle organise son quotidien de façon à conjuguer écriture et contraintes matérielles, et trouve un espace pour écrire dans la musique qu’elle écoute. Rencontre.

 

Entre la vie matérielle jouable et le sourire aux lèvres chaque matin, j’ai choisi les deux

Il a fallu faire un choix, avoir soit une vie matérielle jouable soit une vie à l’arrache en se levant le matin le sourire aux lèvres. J’ai choisi les deux. Je suis lectrice pour des éditeurs, c’est un métier qui me permet d’avoir du temps pour écrire et surtout qui m’apporte beaucoup. Ayant moi-même envoyé mes manuscrits par la poste, je sais dans quelle attente sont les auteurs et tout ce qu’ils ont donné dans leurs textes.

Heloise Guay de Belissen (c) Jean-Francois Paga

Heloise Guay de Belissen (c) Jean-Francois Paga

Mes journées sont divisées en deux temps : lecture et écriture. Je commence par lire les manuscrits des autres, je fais des comptes rendus de lecture et ensuite j’écris. Entre deux romans (bon d’accord je n’en ai écrit que deux), il y a des vides, ce truc de la page blanche ce n’est pas un mythe… Là c’est le pire quand je n’ai pas un sujet qui m’habite. Alors, je me force j’écris quand même, c’est douloureux, mais je suis coriace. Si vraiment rien ne vient, je tiens un journal comme quand j’étais môme. J’ai des phases intenses d’écriture quand je tiens le sujet, quand l’écriture va devenir un livre, c’est la phase magique, c’est là où je me sens le mieux. Après c’est comme tout le monde, le week-end, c’est cadeau, je débranche (quand j’y arrive – ce n’est pas gagné d’avance).

Les vacances, j’en profite pour ne pas écrire du tout. Je lis les romans que j’ai mis de côté et je les dévore tranquille.

La musique, espace pour écrire

J’ai de la chance, je peux écrire partout, je suis un écrivain tout terrain : dans les cafés, les trains, les chambres d’hôtel, chez moi. J’écoute de la musique par contre, sans ça je suis foutue. C’est de l’espace la musique, non ? La pire chose serait de vouloir écrire et de ne pas pouvoir écouter de la musique. J’écoute du rock progressif : Mogwai, Godspeed You Black Emperor, Sigur Rós c’est ma came.

Et j’écris dans ma tête ! Ça, c’est non-stop. Parfois même je fais le geste dans le vide, comme si j’avais un stylo… Si les gens me voyaient il me croirait folle (sans doute, je le suis).

La « réalité pratique », c’est l’autre, celui ou celle qui partage la vie d’un écrivain

Heloise-Guay-de-Bellissen-Les-Enfants-de-choeur-de-l-Amerique-Anne-CarriereLes plus grandes contraintes, c’est probablement le manque de fric et le manque de temps. J’ai la chance de faire tourner ma vie autour de l’écriture et la lecture seulement donc pour le moment ça va pour les deux (à peu près, je m’entends).

La « réalité pratique », c’est l’autre, celui ou celle qui partage la vie d’un écrivain et qui comprend à quel point c’est important pour nous. J’aime beaucoup ce que dit Stephen King à ce sujet, il parle souvent de sa femme comme son alliée, moi c’est pareil avec mon mari. C’est la seule personne sur terre qui comprend autant que moi l’importance d’écrire.

« À chaque fois que je vois un premier roman dédié à une épouse (ou un mari), je souris et je pense : il y a une personne qui sait. Ecrire est un boulot solitaire. Avoir quelqu’un qui croit en vous fait une sacrée différence. » Stephen King, Ecriture, mémoires d’un métier

 

Héloïse Guay de Bellissen est l’auteur de deux romans remarqués : Les Enfants de chœur de l’Amérique (Anne Carrière 2015) – un roman choral autour de Mark David Chapman, l’assassin de John Lennon, et de John Hinckley, qui tire à bout portant sur Ronald Reagan quatre mois plus tard, deux personnalités fascinées par L’Attrape-cœurs de J.D. Salinger – et Le Roman de Boddah (Fayard 2014, Pocket 2016), qui met en scène le double imaginaire de Kurt Cobain.

 

Voir aussi dans la même rubrique :

L’écrivain à l’épreuve du quotidien #3 : le temps libre c’est l’écriture

L’écrivain à l’épreuve du quotidien #2 : l’écrivain du mercredi-samedi-dimanche

L’écrivain à l’épreuve du quotidien #1 : conjuguer les écritures et les contraintes

L'Auteur

Sophie Adriansen

Sophie Adriansen est l’auteur d'une quinzaine d'ouvrages en littérature générale et jeunesse ainsi qu'en non-fiction. Elle a signé deux biographies, cosigné des témoignages et été formée à l’écriture de scénario à la Fémis. Elle tient depuis 2009 le blog de lecture Sophielit. Derniers ouvrages parus : Max et les poissons (Nathan, 2015) et Naître et grandir en musique (Télémaque, 2016) http://www.sophieadriansen.fr

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