Chroniques

L’édition participative

Ou comment constituer un groupe de lecteurs avant d`être publié

Les innovations technologiques ont fortement modifié le mode de consommation et d’appropriation des livres, et indéniablement le fonctionnement des maisons d’édition. Le web 2.0 a bouleversé les rapports entre les internautes qui peuvent aujourd’hui interagir entre eux et sur le contenu. Un exemple dans le domaine de la musique : le succès du chanteur Grégoire. Promu par le label communautaire My Major Company, qui a produit son album grâce aux sommes misées par les internautes, sa fulgurante ascension a prouvé qu’il était tout à fait possible d’être connu et reconnu par le public et ses pairs. Au total, 347 « producteurs ». Et qu’en est-il de l’édition 2.0 ?

Quatre sites, editionsdupublic.com, bouquivores-editions.fr , publibook.com et mymajorcompanybooks.com, parmi d’autres, proposent aux internautes de devenir des « coéditeurs » en investissant un nombre de parts fixe ou limité. Une fois la somme  atteinte – souvent autour de 15 000 euros, le livre est publié. Ces « coéditeurs » deviennent alors des actionnaires et verront apparaitre leur nom sur le livre. Il s’agit de donner la possibilité à chacun de voir un jour son livre publié grâce à un public déjà formé. L’intérêt nait de cet échange entre l’auteur et le public. C’est en partant de ce constat que certains sites ont souhaité devenir de véritables plateformes d’échanges pour la communauté des auteurs et co-éditeurs.  Ces éditeurs en herbe détiennent des « packs clé en main », comme le site de My Major Company Books qui proposent aux internautes un « kit éditeur » leur détaillant les étapes de fabrication du livre. Et que se passe-t-il si le nombre total de mises n’était pas suffisant ? La maison d’édition s’engage à recréditer la mise de l’internaute, qu’il pourra utiliser pour miser sur un autre livre s’il le souhaite. Tout est fait pour que la tâche de l’internaute se trouve simplifiée.

Olivier Bomsel, économiste et professeur à l’Ecole des Mines ParisTech qui a publié des ouvrages sur l’économie numérique, explique que l’essence même des maisons d’édition réside dans leur savoir faire et leur « faire-savoir », dans la mesure où elles investissent à long terme dans la médiatisation d’un auteur. L’édition participative dénaturerait le métier en le réduisant à son rôle de financement. Il compare cette démarche aux paris en ligne qui exploitent « la propension au risque des consommateurs » et  ajoute que ce phénomène reste anecdotique et passager.

Phénomène de mode ou démocratisation du monde de l’édition ? A vous de nous le dire dans vos commentaires !

L'Auteur

Dorothée Corbier

Déléguée générale adjointe de la Fondation Bouygues Telecom, j'anime avec Céline le programme Nouveaux Talents.

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1 Commentaire

  1. Wikipédia explique dans son article « Edition participative » que c’est une édition à compte de lecteurs , qu’il existe de l’édition participative de crowfunding, comme http://www.bookly.fr, et de souscriptions comme http://www.salondumanuscrit.fr.
    Pour ma part j’apprécie ce nouveau système éditorial qui se développe et qui permettra sans doute de dynamiser la créativité littéraire en lui donnant plus de « peps »