Chroniques

Lisez-vous des mooks ?

Ce néologisme issu des mots « magazine » et « book »  désigne de nouveaux objets journalistiques à mi-chemin entre revue et livre. « Magazine » pour la périodicité (trimestrielle ou semestrielle) et « book » pour le format, le prix (entre 15 et 25 euros), l’absence de publicité et la vente en librairie et dans les surfaces culturelles (Fnac, Virgin, Relay, Cultura).

Véritables objets littéraires mêlant information, témoignages, œuvres graphiques et photographiques, ils se revendiquent comme une alternative à la presse écrite traditionnelle, notamment parce qu’ils privilégient un journalisme qui prend son temps, qui réfléchit, analyse et investigue et donne lieu à des enquêtes approfondies et des reportages fouillés. Autrement dit, l’instantanéité de l’information n’est pas leur sujet. Dans les « mooks », les journalistes créent l’information au lieu de faire de l’information. Et relèvent le pari de la création de nouvelles revues payantes à l’heure où l’information est accessible gratuitement partout tout le temps sur le web.

Revues haut-de-gamme, ce sont aussi de beaux objets qu’on a plaisir à conserver et collectionner.

A l’heure où les « mook corners » se développent dans les librairies, petit tour d’horizon de quelques titres français.

  • XXI est le pionnier du genre qui a popularisé le concept en France. Il a été lancé en 2008 par un journaliste – ancien grand reporter du Figaro –  et un éditeur, partis du constat qu’il était devenu difficile de trouver de la place pour publier de vrais et longs reportages dans la presse. Les reportages sont traités sous forme de récits, de photos, de dessins ou de bandes-dessinées. La maquette associe des pages d’ouverture spectaculaires pour donner le ton, et des pages à lire, comme dans un livre. Chaque numéro se vend en moyenne à 45 000 exemplaires.

 

  • On pourrait penser que le titre de son petit frère évoque le concept « durée » du gratuit « 20 minutes », pourtant 6 mois évoque la périodicité plutôt que le temps nécessaire pour le parcourir. En réalité, 6 mois renoue le lien entre le journalisme et la photo (on compte une centaine de photos au fil des 350 pages du mook). Ses auteurs sont chinois, équatoriens, russes, belges, canadiens, somaliens, américains, français… et ils racontent ce 21ème siècle qui se façonne.
Découvrez-le en images, une plongée au cœur du projet !

 

  • Le premier numéro de Usbek et Rica est sorti le même jour que l’Ipad, en 2010. Ici, les personnages des « Lettres persanes » de Montesquieu se sont transformés en héros de BD et ils parcourent les pages de ce mook. Le maître mot de l’équipe, c’est l’étonnement et le rêve. La ligne directrice de l’ensemble des sujets traités est la prospective. Et la promesse faite aux lecteurs est de ne publier que ce qui leur semble suffisamment documenté et recherché sur le fond.

 

  • Muze est morte, vive « Muze » ! Si le magazine féminin a mis la clé sous la porte et a disparu des kiosques,  le « mook » homonyme est réapparu sur les tables des librairies.  Pour questionner la société, découvrir le monde, les autres et soi-même, pour instruire, divertir, échanger et sensibiliser, Muze se veut aujourd’hui une revue culturelle au féminin et  explore toutes les formes d’expression artistique. On y retrouve des interviews d’artistes, des récits de voyages, des dossiers sur des sujets de société. Et dans « L’Atelier d’écriture », Muze laisse la main à ses lectrices qui publient poèmes, critiques et nouvelles.
A noter : Muze est partenaire du Prix littéraire « Ecrire au féminin » organisé par « aufeminin.com » et publie sur son site les 3 nouvelles lauréates. 

 

  • Et puis, dans un tout autre genre, Bonbek est LE mook pour les parents et les enfants de 5 à 10 ans qui souhaitent passer du temps en famille autour d’un ovni littéraire et artistique. Chaque numéro a son thème, traité sans mièvrerie ni nivellement mais à coups d’impertinences, d’incorrections, d’humour et de poésie. Bonbek propose des moments de partage en famille, tour à tour créatifs (cuisine, déco, dessin,…), récréatifs (jeux) et tranquilles (lectures). Le tout servi par un design novateur et pointu, signé par des artistes qui offrent aux enfants des perspectives esthétiques très riches. Une jolie alternative à tous les titres de presse enfantine achetés davantage pour le jouet vendu avec que pour le magazine !

Et vous ? Connaissiez-vous les mooks ? En avez-vous déjà feuilleté ? Acheté en librairie ? Que pensez-vous de cette formule ?