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Alexandre Romanès : « Ne dis pas en trois mots ce que tu peux dire en deux »

Agnes niedercorn

 

Alexandre Romanès, né Bouglione, n’est pas seulement l’homme du cirque qui porte son nom, installé à Paris jusqu’au 30 avril 2014 Porte de Champerret. Joueur de musique baroque, le Tsigane compose des poèmes publiés chez Gallimard. Rencontre avec un amoureux de la langue française qui aime la mélodie des mots.

Lui-même ne pensait pas un jour écrire. Et pour cause. Né en 1950, Alexandre Romanès va pour la première fois à l’école à huit ans. Pas pour très longtemps. En six mois, le petit gitan sera inscrit dans trois établissements successifs avant de tourner définitivement le dos à l’Education nationale. « A l’époque, je me demandais ce qui était le pire, le cours ou la récréation. Je ne comprenais pas pourquoi les enfants couraient dans tous les sens et criaient constamment », se souvient-il avant d’ajouter : « quand une fois, le professeur nous a dit que le robinet gouttait et qu’il fallait calculer le temps qu’il mettrait pour remplir le lavabo, je me suis dit : cet homme est fou. » Il refuse de s’asseoir sur le banc mais aime néanmoins se plonger dans les beaux livres illustrés. « Je les trouvais poétiques ».

Cirque Romane?sRésultat, à vingt ans, Alexandre Romanès est toujours analphabète. Mais une rencontre va changer le cours des choses. Une femme dont il tombe amoureux, la poétesse Lydie Dattas, va lui apprendre à lire et à écrire. « Comme elle était érudite, j’ai directement commencé avec Racine, Corneille et les présocratique. » Le besoin d’écriture vient ensuite, « au rythme des saisons qui passent », au fil de son amitié avec l’écrivain Jean Genet. Celui-ci l’encourage à prendre la plume.

« J’ai choisi un cahier d’écolier d’une de mes filles et j’ai commencé à noter ce que j’entendais ici et là. Petit à petit, des histoires ont pris forme. »

Quand, intimidé, le Tsigane est reçu chez Gallimard par l’auteur Jean Grosjean, il s’excuse de son orthographe approximative. Son interlocuteur lui répond que ce n’est pas grave car la syntaxe est parfaite. « A ce moment, je l’ai regardé et je lui ai demandé : c’est quoi la syntaxe ? »

Depuis, il continue de prendre de notes, dans la voiture, sous le chapiteau, partout, mais pas à une table. « Quand je m’assoie, ça ne marche pas. On devrait toujours écrire sur des bouts de papier, ça oblige à aller à l’essentiel ». Quand il griffonne dans l’après-midi, il se relit le lendemain. « Si ça ne me plaît pas, je jette. »

Sa poésie puise directement sa musicalité dans ses émotions, son cœur, l’expérience d’une vie riche, tout en se nourrissant de l’extérieur, du quotidien, des siens, sa femme, Délia, ses filles, les gitans, le monde et ses incohérences. « Dans les tribus tsiganes, on est très direct, on a aussi beaucoup de proverbes. »

Après Un peuple de promeneurs, Sur l’épaule de l’ange et Paroles perdues, trois ouvrages parus chez Gallimard, Alexandre Romanès s’apprête à en publier un quatrième. « J’écris parce que j’ai quelque chose à dire. Pourquoi faire un livre si on n’a rien à dire ? Ce que je sais, c’est qu’il y a des poètes que j’admire. Peut-être que je n’ai pas supporté de les voir passer. J’ai voulu être l’un des leurs », conclut-il.

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L'Auteur

Agnès Niedercorn

Journaliste pigiste, Agnès Niedercorn habite et travaille à Paris. Elle collabore à diverses publications de la presse professionnelle ou d'entreprise. En 2010, elle a reçu le Prix Nouveau Talent pour son premier roman "Idylles, mensonges et compagnie", paru aux éditions Calmann-Lévy. Elle est également l'auteur du blog www.histoiresdeportables.com.

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