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Cédric Klapisch : « Créer, ce n’est pas analyser ».

Agnes niedercorn

Le réalisateur Cédric Klapisch a toujours écrit ses propres scénarios. D’abord avec l’aide d’autres auteurs, puis seul. Son inspiration, il la puise dans l’amour des histoires, le goût de la photo et la vie de tous les jours. Rencontre éclairante.

Portrait Cédric KlapischA vingt-trois ans, Cédric Klapisch débarque à New York. Avec en poche une maîtrise de cinéma précédée de deux années en hypokhâgne et khâgne, option philosophie. Le jeune homme est bon en français, donc. « J’avais des facilités pour rédiger, faire des dissertations, cela ne me posait aucun problème. » Pourtant, lorsqu’il suit ses premiers cours d’écriture de scénarios dans sa nouvelle école américaine, c’est le choc. Et ce n’est pas une question de langue. « J’étais étonné d’être mauvais. » Les débuts sont douloureux. « Je ne comprenais pas pourquoi je ne comprenais pas. » Un jour, un professeur dit à ses élèves : « allez dehors, observez ce qui se passe dans la rue. Regardez, par exemple, simplement ce qui est vert… » Aujourd’hui, le réalisateur qui a une douzaine de longs métrages à son actif, sourit en se remémorant ses tâtonnements : « créer, ce n’est pas analyser, c’est complètement différent. Tout ce que j’avais ingurgité en prépa ne m’a servi à rien. C’est fou, il fallait que je jette à la poubelle l’enseignement français reçu depuis des années car ça gênait le processus de création. Mon passé était trop castrateur. »

Lâcher-prise et sensations

Affiche Chacun Cherche son ChatPour Cédric Klapisch, créer signifie percevoir des émotions et les retranscrire, ensuite, dans la narration. Ses questions sont les suivantes : « que se passe-t-il quand je ressens quelque chose de fort ? Comment je traduis ça dans une histoire ? » Selon lui, cette démarche n’a rien à voir avec la théorisation, trop « formatante ». « La création, c’est être du côté du lâcher-prise. Il faut faire confiance à la sensation. J’ai appris ça à New York. » Ensuite, pour reprendre un slogan bien connu : « just do it ! » Le réalisateur poursuit : « l’écriture, c’est la liberté. Il faut être dans la construction, ce que ne fait pas l’analyse. Il s’agit de se mettre en phase avec ses sensations plutôt qu’avec les analyses de ses sensations. »

Le scénario de Riens du tout est conçu avec l’aide de Jackie Berroyer. Le Péril jeune, Peut-être et Ni pour ni contre, en collaboration avec Santiago Amigorena et Alexis Galmot, des copains de lycée. Il y a aussi Un Air de Famille, adapté de la pièce de théâtre, en compagnie du couple Jean-Pierre Bacri – Agnès Jaoui. Ecrire à plusieurs l’encourage, c’est un apprentissage. Dans Chacun cherche son chat, son scénario n’est, selon lui, pas très solide au départ mais le réalisateur improvise au fur et à mesure. Et ça marche. Car c’est libérateur. Il suit sa propre logique, sans forcément appliquer à la lettre une méthode édictée par d’autres.

Cédric Klapisch se souvient de l’exposition du sculpteur Henry Moore. L’artiste racontait avoir appris à dessiner trois esquisses avant de commencer une sculpture. Il se dit que le dessin et la sculpture sont deux pratiques différentes et décide : « moi je vais monter des maquettes. »

Notes, photos, disponibilité émotionnelle

Cédric Klapisch écrit car il a toujours aimé les histoires, celles qu’on lui racontait enfant, puis plus tard. Il prend aussi des photos, véritables sources d’inspiration. Ce goût du récit et de l’image forme un terreau enrichi de l’observation de ses contemporains. « Au début, je m’isolais complètement pour écrire mais maintenant je reste dans le quotidien. C’est le mélange des deux qui constitue la nourriture à narration, à cinéma. »

Affiche Casse-tête chinoisPour le troisième volet, Casse-tête chinois, de sa trilogie, l’homme part à New York. « Xavier, mon personnage, allait vivre dans cette ville. Il fallait donc que j’y sois afin de confronter mon histoire avec des éléments pragmatiques. » Parfois, une piste se dessine mais imprécise. Il tourne autour, cherche, en restant à l’écoute de la rue, des passants, des autres, chez qui il puise des idées : « mon environnement sert à inventer des choses. » Il prend des clichés et les utilise aussi comme point de départ.

Les sujets qui s’imposent à lui sont de natures très diverses. « Fellini affirmait qu’un film peut naître d’une simple odeur. C’est vrai. » Pour L’Auberge espagnole, Cédric Klapisch a plusieurs envies : évoquer Barcelone, faire jouer Romain Duris avec lequel il est en phase de découverte et parler d’un groupe d’étudiants dans un contexte de construction européenne. « Mon but a été d’agencer ces désirs, de les rendre cohérents. »

Les mots peuvent surgir quand il ne s’y attend pas. Il faut être disponible aux idées et les attraper. « Une fois, j’étais en scooter, un début de dialogue m’est venu puis les phrases se sont enchaînées rapidement si bien que j’ai dû m’arrêter pour écrire mon texte. Cette partie est restée intacte dans le film, L’Auberge espagnole. »
Un scénario est l’addition de couches successives, notes, photos, ébauches de scènes, détails qui viennent étoffer la trame initiale. Après un premier jet, l’homme a besoin d’un second temps « de mastication » pour peaufiner la structure, l’architecture, donner une cohérence à l’ensemble. « Là, je m’isole un peu pour digérer le contenu. »

Aujourd’hui, Cédric Klapisch travaille sur plusieurs projets en parallèle, dont deux idées de scénarios. « Je n’arrive pas à me décider entre elles, alors je continue de gamberger ! » conclut-il.

 

Pour continuer :
Site http://www.cedric-klapisch.com/
Bonus dans le DVD du film Casse-tête chinois : « Ecrire est un casse-tête chinois ».

Photo du site CK

L'Auteur

Agnès Niedercorn

Journaliste pigiste, Agnès Niedercorn habite et travaille à Paris. Elle collabore à diverses publications de la presse professionnelle ou d'entreprise. En 2010, elle a reçu le Prix Nouveau Talent pour son premier roman "Idylles, mensonges et compagnie", paru aux éditions Calmann-Lévy. Elle est également l'auteur du blog www.histoiresdeportables.com.

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