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Du feuilleton au roman. Rencontre avec Marlène Manuel.

Agnes niedercorn

Tenir des lectrices en haleine pendant vingt-quatre semaines : c’est le talent de la romancière Marlène Manuel qui écrit ses livres sous forme de feuilleton avant de les publier ! Rencontre.

Marlène Manuel est une femme discrète, un peu sauvage, qui craint de se livrer. Par modestie ou pudeur plus que par peur. Cette native de l’île de Noirmoutier compte pourtant onze romans à son actif et un recueil de nouvelles. Surtout, l’auteur a emprunté une voie originale, peu commune aujourd’hui, qui fut à la mode autrefois. Car ses livres sont d’abord édités en feuilleton, comme Michel Zévaco, Gaston Leroux, Alexandre Dumas et bien d’autres, en leur temps. Dans quelle revue publie-t-elle ? L’hebdomadaire Les Veillées des chaumières, dont le premier numéro paraissait il y a plus de cent trente ans.

Concours

La femme au portrait L’histoire entre le magazine et la romancière commence… par hasard. « En 1991, je suis tombée sur l’annonce d’un concours qu’organisait Les Veillées, à la recherche de nouveaux auteurs. » Pour Marlène Manuel, c’est le début d’une longue collaboration, d’un apprentissage aussi. Il y a un cadre à respecter, compte tenu du lectorat, féminin, âgé et sentimental. Pas de sexe, pas de sang, pas de divorce ni d’adultère ! On est dans la romance pure. Ce qui n’empêche pas la qualité. Le feuilleton s’étale sur une période de six mois. « Quand j’écris mon livre, je garde toujours à l’esprit le découpage imposé par la parution hebdomadaire. » Chaque épisode qui correspond à un chapitre compte environ une douzaine de feuillets. Ses idées, elle les puise dans un fait divers, un tableau singulier, une sensation nouvelle. Rebondissements, questions en suspens… La romancière cisèle son intrigue, cherchant toujours à accrocher la lectrice pour le numéro suivant. D’autant que le public est exigeant et ne manque pas de se manifester par courrier. « C’est une des raisons pour lesquelles j’aime écrire dans cette revue. Les réactions des abonnées me sont précieuses, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. J’ai progressé grâce à elles. » Pour l’auteur, ces retours ainsi que l’avis de la rédaction du magazine remplacent le comité de lecture d’une maison d’édition.

Editions Past’Elles

Lorsqu’elle commence à collaborer aux Veillées des Chaumières, Marlène Manuel ne songe pas à se faire publier. « Mes textes plaisaient, j’avais beaucoup de témoignages écrits… Mais je rédigeais pour un lectorat particulier et n’imaginais pas qu’ils pourraient intéresser un public plus large. » Et puis, elle commence Le saunier de Noirmoutier dont l’histoire va passionner les lectrices, au-delà de ses attentes. Elle songe alors à tenter l’aventure de l’édition et envoie son texte aux Presses de la Cité, seule maison, à ses yeux, susceptible d’être intéressée. Il passe avec succès l’épreuve de deux comités de lecture mais n’est finalement pas retenu. Cette déconvenue ne décourage pas la romancière qui, un peu plus tard, va créer les Editions Past’Elles, sous forme associative afin de publier ses ouvrages, notamment. « Grâce au public de la revue et à l’impact touristique de l’île, mon roman Le Saunier de Noirmoutier a finalement traversé la France sans autre publicité que les articles parus dans la presse locale… et un peu aussi, le bouche à oreille. Je pense que c’est un parcours assez rare pour un livre publié de cette façon. » Sorti il y a treize ans, on le lui réclame toujours… ainsi que la suite, La Fleur de Sel.

Prix littérairesL'héritière des Sables d'or

Le fait d’autoéditer ses textes permet aussi à l’auteur de les retoucher, les enrichir et de se libérer des contraintes imposées par le magazine. Ce pas qu’elle franchit lui réserve d’autres surprises agréables. En témoigne les nombreuses distinctions reçues au fil des années. En 2015, Les gens de Lettres de L’école de la Loire ont attribué le Premier prix à L’Héritière des Sables d’Or. Une récompense doublée du Grand Prix du Conseil Général du Loir-et-Cher. Il y a eu aussi Le Prix Corto Maltese pour L’Inconnu du Bois de la Chaise, le Trophée George Sand décerné par le Centre européen pour la promotion des arts et des lettres au Saunier de Noirmoutier et La Fleur de Sel, le Grand prix du roman du Conseil Général d’Ille-et-Vilaine pour Au nom de la vérité.

« C’est satisfaisant de savoir que mes livres peuvent plaire au-delà de la Vendée et du cercle de mes lectrices habituelles », conclut Marlène Manuel en souriant.

Pour aller plus loin :

http://marlene.manuel.free.fr/

L'Auteur

Agnès Niedercorn

Journaliste pigiste, Agnès Niedercorn habite et travaille à Paris. Elle collabore à diverses publications de la presse professionnelle ou d'entreprise. En 2010, elle a reçu le Prix Nouveau Talent pour son premier roman "Idylles, mensonges et compagnie", paru aux éditions Calmann-Lévy. Elle est également l'auteur du blog www.histoiresdeportables.com.

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