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Ecriture, écritures #2 : un récit de voyages à partir de documents vidéos

SA ecriture

Gaëlle Noémie Jan tient un blog qu’elle alimente à mesure qu’elle sillonne la planète. Lors d’un de ses voyages, elle a fait la connaissance de Muammer Yilmaz et Milan Bihlmann qui, sous le nom d’Optimistic Traveler, ont entrepris de faire le tour du monde en 80 jours sans un centime. Elle signe le récit de leurs aventures, qui paraît le 28 mai chez Michel Lafon. Rencontre avec une jeune auteur qui vient de vivre son premier marathon… littéraire.

Il faut parfois digérer certaines choses pour pouvoir mettre des mots dessus

Gaelle Noemie Jan 3Un blog autour de mes voyages… L’idée et l’envie étaient effectivement là depuis longtemps, il fallait juste patienter afin de pouvoir concrétiser ces fameux voyages ! Me retrouver ailleurs, à l’étranger notamment, sans repères, déclenche chez moi toute une palette d’émotions et de réactions qui me font voir ce qui m’entoure d’un autre œil, un peu comme à travers un filtre. C’est cela que j’aime et que j’essaye de retranscrire dans mes articles. Des articles que je rédige de manière différente à chaque fois bien que toujours d’un seul jet. Je sais, dès l’instant où je capte quelque chose qui me marque, l’idée que je veux faire passer dans mon texte mais l’écriture peut se faire à chaud ou avec du recul. Il faut parfois digérer certaines choses pour pouvoir mettre des mots dessus.

La rencontre avec les Optimistic Traveler s’est justement faite pendant mon dernier voyage alors qu’ils étaient en plein challenge. Nous nous sommes rencontrés à bord du California Zephyr, le train qui assure la liaison entre San Francisco et Chicago. Nous avons voyagé une journée ensemble entre Salt Lake City et Denver. Des heures de train où l’on a le temps de parler de tout et de rien, mais surtout de nos parcours professionnels. Ils ont réussi à me soutirer quelques textes, mes mots les ont visiblement touchés et l’idée d’une collaboration pour un livre a germé instantanément dans leur esprit. Nous nous sommes revus à Chicago où j’ai pu les observer avec leurs hôtes le temps d’une soirée. De retour à Paris et une fois leur challenge remporté, ils ont été contactés par un éditeur pour un livre, ils m’ont rappelée, j’ai soumis des essais et la collaboration a été validée.

Les Optimistic Traveler m’ont fourni le matériel audiovisuel, j’ai eu pour mission de le transformer en livre

Gaelle Noemie Jan 1La collaboration s’est déroulée de manière particulière car totalement à distance une fois le projet enclenché et le calibrage du livre décidé. J’avais en ma possession toutes les vidéos tournées pendant leur challenge (quelque 17000 fichiers), des notes sous forme d’enregistrements vocaux de Muammer et d’autres écrites de Milan.

La différence entre mes articles et les textes du livre est à la fois très mince et importante. Mince car Muammer et Milan souhaitaient que j’écrive leur aventure de la même manière que lorsque je retranscris mes propres expériences. Et importante, car si j’ai dû me mette à leur place il ne faut pas oublier que je n’ai pas vécu leur aventure. Ma pratique rédactionnelle et mon attrait pour les récits de voyage m’ont permis de tisser la toile de fond et de poser le cadre de leurs étapes plus aisément. Le ton était donné, le récit a commencé à prendre forme.

Les Optimistic Traveler m’ont fourni le matériel audiovisuel, j’ai eu pour mission de le transformer en livre. C’est cette expérience dans son ensemble qui m’a plu. Comme dans tout travail, on n’est jamais à l’abri de rencontrer des difficultés. Visionner les vidéos, déchiffrer les conversations en langues étrangères, effectuer des recherches pour retracer le parcours et retrouver les lieux qui ont été visités, recouper les informations provenant de sources différentes, mettre le bon nom sur le bon visage… le tout en s’imprégnant de chaque image sans perdre de vue l’objectif est une tâche fastidieuse. Finalement, le plus difficile était de concilier tout cela dans un délai extrêmement court : deux mois et demi. Un marathon éreintant, stressant mais définitivement passionnant.

Mon mode de rédaction m’a permis de prendre part à l’aventure

Le tour du mondeMon mode de rédaction mêlant les récits de voyage avec le ressenti d’une expérience m’a permis de prendre facilement part, d’une certaine façon, à l’aventure en visionnant les vidéos. Avec les grandes lignes comme indications, j’ai suivi le fil rouge et je l’ai étoffé avec ce que moi je pouvais capter dans ces images. Le danger est effectivement de se laisser un peu trop prendre au jeu et de vouloir creuser certaines situations où, subjectivement, des informations peuvent manquer et inversement. C’est souvent à ce moment là, naturellement, que la distance revient. Comme un mouvement de caméra qui s’éloigne et filme la scène d’un autre angle, le point de vue change, le récit lui, trouve alors son rythme.

Le travail de fourmi du recherchiste et l’approche journalistique inhérents aux collaborations littéraires sont des formes de travail que j’apprécie et que j’espère pouvoir multiplier à l’avenir. Fonctionnant beaucoup à l’imaginaire, je suis bien évidemment aussi tentée par la fiction…

 

Née en 1984, Gaëlle Noémie Jan est rédactrice pigiste, et grande voyageuse. Elle tient depuis 2012 le blog « Now is mine ». Elle est l’auteur du Tour du monde en 80 jours sans un centime, récit du périple de Muammer Yilmaz et Milan Bihlmann (Michel Lafon, mai 2015).

Dans la même rubrique : Ecriture, Ecriture #1 : Faire d’une nouvelle un roman

L'Auteur

Sophie Adriansen

Sophie Adriansen est l’auteur d'une quinzaine d'ouvrages en littérature générale et jeunesse ainsi qu'en non-fiction. Elle a signé deux biographies, cosigné des témoignages et été formée à l’écriture de scénario à la Fémis. Elle tient depuis 2009 le blog de lecture Sophielit. Derniers ouvrages parus : Max et les poissons (Nathan, 2015) et Naître et grandir en musique (Télémaque, 2016) http://www.sophieadriansen.fr

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