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Emmanuelle Allibert : « Quand on est auteur, la chose la plus importante est d’avoir envie d’écrire »

L'Auteur Emmanuelle Allibert (c) Thierry Rateau

L’Auteur Emmanuelle Allibert (c) Thierry Rateau

Attachée de presse depuis dix ans, Emmanuelle Allibert vient de publier son premier livre Hommage de l’Auteur absent de Paris (éditions Léo Scheer).
Il décrit l’auteur dans toutes les situations qu’il rencontre à partir du moment où il va écrire son texte jusqu’à sa publication.
Emmanuelle Allibert a construit son livre en s’inspirant d’une vingtaine de chroniques qu’elle avait écrites pour le mensuel littéraire Magazine des livres et pour l’émission Au Field de la nuit sur TF1 ; auxquelles se sont ajoutées vingt nouvelles chroniques.
Rencontre avec l’attachée de presse devenue auteur…

 

Pouvez-vous résumer votre métier d’attachée de presse ?

L’attaché de presse entre en scène lorsque le texte va bientôt être imprimé. C’est à ce moment que l’éditeur lui attribue un auteur et son ouvrage. L’attaché de presse rencontre l’auteur, pour discuter avec lui de ce qu’il est possible de faire ensemble. Ensuite, il faut tout faire pour que l’ouvrage soit le plus médiatisé possible, dans la presse écrite, à la télévision, à la radio et maintenant sur le web. Puis nous accompagnons le livre et par la même, l’auteur. Là aussi c’est amusant comme métier parce qu’on dit toujours « l’attaché de presse de l’auteur » mais nous sommes l’attaché de presse du livre. Nous sommes là pour défendre un livre, pas une personne.
Toute la difficulté de notre métier réside dans le fait que nous n’avons aucune certitude, aucune promo ne ressemble à une autre. Il y a des ouvrages qui ont beaucoup de presse mais ne se vendent pas et des ouvrages qui n’ont pas de presse mais se vendent énormément. C’est le lecteur qui fait le succès d’un livre. Tout l’enjeu est de pouvoir sentir une tendance et de l’appuyer quand on pressent qu’il y a du potentiel. Il faut aussi aller chercher la bonne personne qui en parlera bien : c’est une question de légitimité et de bonne place, pas seulement d’audimat.

 

Pouvez-vous nous expliquer la formule consacrée au titre ?

De tradition, les auteurs doivent dédicacer leur ouvrage aux journalistes, mais certains n’ont pas envie de suivre cette règle et demandent à leur éditeur d’envoyer un bristol sur lequel est inscrit « Hommage de l’auteur absent de Paris ». Pour moi, cette formule est vraiment la quintessence de ce milieu, un exemple parfait de ce que pense l’auteur. Les journalistes reçoivent autant de livres que vous avez de prospectus dans votre boite aux lettres, ce n’est pas quelque chose qu’ils attendent. Je trouvais cette formule rigolote et assez significative de ce milieu qui est à la fois très moderne, très ancien et plein de codes.

 

Comment s’est déroulé votre travail d’écriture ? Vous avez toujours eu envie d’écrire un livre ?

L’idée était de partir d’un point très précis de la vie de l’auteur, puis je me servais de mon expérience d’attachée de presse pour me mettre dans sa peau.
Je n’avais jamais imaginé devenir auteur mais lorsqu’on m’a proposé d’écrire un livre je me suis dit pourquoi pas. Je suis plutôt attirée par la forme courte, j’aime beaucoup les chroniques, les billets ou les éditoriaux. Yolaine De la Bigne est mon modèle, elle tenait une chronique quotidienne de trois minutes sur France Info qui s’appelait Quelle Epoque Epique. C’était à la fois instructif et très bien fait. Je me suis toujours dis qu’un jour je ferais ça mais je pensais plus à la radio.

 

Pourquoi écrire l’Auteur avec un grand A ?

Pour représenter une généralité. Je ne voulais pas écrire quelque chose qui aurait été un brûlot concernant telle ou telle personne. Mais aussi parce que je considère que tout ce que je dis dans le livre, l’auteur le vit forcément à un moment ou un autre. Bien sûr, c’est un peu caricatural et le trait est forcément grossi, mais je décris tous les tourments de l’auteur avec humour, enfin je l’espère ! Et puis un auteur est nécessairement avec un grand A parce qu’il pense être tout seul ou en tout cas que son livre est le seul qui mérite d’être lu.

 

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Vous dépeignez l’envers du décor du milieu de l’édition. Vous n’avez pas peur du retour de bâton ?

Non parce que je pense, à titre très personnel, que c’est vraiment comme ça que ça se passe. L’édition c’est beaucoup de poudre aux yeux et je trouvais amusant de le dire. Ce n’est pas comme si j’avais quitté ma fonction, je continue mon métier d’attachée de presse, d’avoir de bons rapports avec les auteurs dont je m’occupe. Et puis je suis entrée dans la confrérie, je suis devenue auteur comme eux.
Les écrivains pensent qu’il suffit d’écrire pour être publié et avoir le Prix Goncourt, mais vous savez, trois millions de personnes écrivent en France ou ont envie d’envoyer leur manuscrit. Mais combien seront vraiment publiées ? C’est plutôt un livre pour dire : voilà comment ça se passe, faites-moi confiance, je tourne là-dedans depuis suffisamment longtemps pour vraiment connaitre les rouages.
J’avais aussi envie de dire que l’auteur se plaint beaucoup, passe son temps à râler, pense que l’éditeur le vole etc. mais personne ne l’oblige à écrire !
Je ne pense pas avoir fait non plus quelque chose qui soit contre l’auteur. Je charge au même titre l’attaché de presse, le directeur commercial et l’éditeur qui n’est pas forcément sympathique, ni honnête. C’est une comédie sur l’édition. Tout ce que je dis, je l’ai connu. C’est le vécu des 300 auteurs que j’ai côtoyé, dont je me suis occupée, que j’ai rencontré dans les salons ; ce ne sont pas forcément mes auteurs d’ailleurs.

 

Votre livre est divisé en plusieurs sections comme « l’Auteur passe à la TV », « l’Auteur reçoit un prix » etc., vous avez un passage préféré ?

Je les aime bien toutes, dit l’auteur très modestement ! Néanmoins, celle que j’adore, mais que je n’ai pas écrite, c’est le dernier chapitre « Les meilleures de l’Auteur ». Il s’agit uniquement de courriers que j’ai récupérés. J’ai juste changé les noms des ouvrages, de l’éditeur et de l’auteur en mettant ceux qui correspondent à mon livre. Mais tout est authentique, j’ai même gardé les fautes d’orthographe. Pour moi, c’est la meilleure preuve que ce que je dis est vrai au-delà même de ce qu’on pourrait penser.

 

Vous connaissez les rouages et les règles du métier, vous avez eu des surprises, des étonnements en devenant auteur ?

Ça m’a redonné un coup de fouet ! Lorsqu’un livre arrive dans la maison d’édition, pour nous, c’est la routine. Des nouveaux livres et des nouveaux auteurs, j’en ai 80 par an donc ce n’est plus une émotion. Mais quand j’ai reçu mon livre, le mien, avec MON nom sur la couverture, j’étais émue. C’était MA première fois. Et puis il y a quelque chose de très agréable, quand vous êtes auteur : des gens travaillent pour vous ! A partir du moment où votre manuscrit est accepté, vous avez un éditeur, un graphiste, un attaché de presse, un directeur commercial. Vous avez d’un coup, tout un petit personnel. Je comprends que les auteurs deviennent fous !

 

Quelle a été votre première impression en découvrant votre livre en librairie ?

Je m’étais juré de ne pas y aller. J’ai tenu dix jours. Je suis allée dans une librairie de diffusion de ma maison d’édition. C’était super de le voir. Et puis j’ai fait un truc où je me suis dit « auteur sort de ce corps ! », mon livre n’était pas très bien placé sur les rayonnages alors je l’ai mis à la place d’un autre à un endroit que je trouvais mieux. Horrible ! Mais tant pis, l’autre livre est nettement moins bien que le mien, c’est le principe.
La dernière chronique « L’attachée de presse de l’Auteur devient Auteur », est celle de l’arroseur arrosé. J’explique que je pensais ne pas tomber dans tous les travers de l’auteur mais c’est impossible. Être auteur c’est une sorte de maladie, on ne peut pas s’empêcher d’être inquiet, de solliciter son attaché de presse, de guetter le moindre frémissement, d’aller regarder sur internet où en sont les ventes etc.

 

Cette expérience vous a-t-elle donnée envie d’écrire d’autre livre ?

Et oui ! Surtout lorsqu’on vous dit « tu devrais continuer ! ». Ecrire est quelque chose que je trouve très agréable. Je ne sais pas si cela prendra de nouveau la forme de chroniques mais j’ai un chantier vaste sur l’amour en général. Je ne me sens pas capable de faire un roman, pour moi c’est  compliquer d’inventer des personnages, d’écrire leur histoire et j’admire les auteurs de roman.
Mais je vais continuer mon métier d’attachée de presse, ce n’est pas en étant auteur qu’on vit de sa plume. Il ne faut surtout pas que les gens pensent ça. C’est important quand on a un domaine artistique d’avoir quelque chose qui vous ancre dans la vie parce que cela vous enrichit aussi. Je le vois avec les auteurs que je connais, ceux qui ont un métier ont plus les pieds sur terre.

 

Un conseil d’écrivain et un conseil d’attachée de presse à partager avec d’autres jeunes auteurs ?

Mon conseil d’auteur serait que pour bien écrire, il faut lire énormément. On ne peut pas s’abstraire de mille ans d’écriture et c’est en lisant des classiques ou des contemporains que vous pourrez vous démarquer par votre plume. On ne produit rien sans s’être nourri. Si ces auteurs ont traversé les siècles, ce n’est pas pour rien, c’est toujours intéressant de savoir comment ils ont fait, quelles émotions ils suscitent et pourquoi cela vous touche ou non. Et quand on est auteur, je pense que la chose la plus importante c’est d’avoir envie d’écrire.

Mon conseil d’attachée de presse serait de dire qu’un livre c’est super ! Dans votre vie vous n’en aurez pas 25. Ne gâchez pas ce moment. Au lieu de vous dire « Je n’ai eu que quatre articles sur mon livre », dites-vous plutôt « C’est dingue ! J’ai eu quatre articles ». Par exemple, à la rentrée de janvier, mon livre est sorti avec 546 autres compagnons. Ce qui veut dire que les rédacteurs en chef ont reçu 547 livres et derrière, autant d’auteurs qui espèrent avoir un article. Alors si vous vous dites « Si quelqu’un parle de mon livre parmi tous les autres, c’est un miracle», le jour où ça arrive, c’est champagne ! Ecrire doit rester ce que la littérature est : quelque chose d’agréable et de divertissant.

L'Auteur

Mélanie Zumbrunn

Etudiante en Master II Communication des entreprises, Mélanie effectue son stage à la direction Communication interne de Bouygues Telecom et rédige également des billets pour la Fondation.

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