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L’histoire de l’histoire #1 : Les Fidélités de Diane Brasseur

SR raconte moi

 

 

Rencontre avec Diane Brasseur pour son premier roman Les Fidélités, publié aux éditions Allary.

Par une écriture simple, presque clinique, Diane Brasseur dessine le monologue intérieur d’un homme qui trompe sa femme et décide de faire un choix.

SR LEs FidélitésPeux-tu nous présenter ton roman ?

Quelques heures avant de partir fêter Noël en famille à New-York, le personnage s’enferme dans son bureau et décide de ne
pas en sortir tant qu’il n’a pas pris de décision. Les fidélités, c’est la tempête sous le crâne d’un homme. Toutes les questions qu’il se pose en pensant tantôt à sa maîtresse, tantôt à sa femme, tantôt aux deux, dans une forme de schizophrénie émotionnelle. Il revoit leurs souvenirs. Fantasme des situations. Et si mon téléphone sonnait sur ma table de nuit ? Et si ma femme tombait sur un message d’Alix pendant que je passe l’aspirateur ? Et si dans dix ans, je me retrouvais au restaurant avec ma fille et qu’elle m’annonçait être avec un homme marié…

Quelle est l’histoire de cette histoire ? Quel a été le déclic qui a lancé l’idée du roman?
Tout est parti d’une simple phrase : « Je ne veux pas vieillir ».
J’ai cherché à comprendre qui était l’homme qui disait « je ne veux pas vieillir ». J’ai creusé, j’ai avancé et petit à petit, cet homme là a eu 54 ans. Oscar Wilde dit : C’est lorsqu’il parle en son nom que l’homme est le moins lui-même, donnez lui un masque et il vous dira la verité.

Cet homme de 54 ans, créé de toute pièce, c’était comme un costume que je portais tous les matins. Je m’asseyais à la table de ma cuisine – parce que je n’ai pas de bureau – et j’entrais dans sa peau comme on porte un masque.

SR- Diane Brasseur

Crédit : Olivier Marty

Comment s’est déroulée cette phase d’écriture?
Le roman a été écrit tout à fait dans le désordre. Ça doit venir de mon métier puisque je suis scripte…
J’ai eu 6 mois d’écriture, puis j’ai interrompu le travail le temps de deux films, de deux tournages. Au moment de recommencer, j’ai décidé de ne pas relire ce que j’avais déjà rédigé, mais de continuer à l’aveugle, comme un cadavre exquis. Et j’ai été heureuse de constater qu’il n’y a eu aucune redite. J’avais inconsciemment intégré le début.
À la fin, j’ai tout replacé dans l’ordre, comme un puzzle, ce qui donne au récit une forme très fragmentée. Le fil c’est cet homme dans son bureau, mais le reste : ses doutes, ses souvenirs, ses désirs et ses fantasmes, se pointent comme ils viennent.

Dès le départ, tu avais la vision de la scripte ? C’est à dire celle qui permet de savoir exactement quelle place ce fragment aura dans l’histoire ?
Oh non ! J’étais complètement perdue en cours de route. Je ne savais pas où j’allais. Ni même si j’allais quelque part.
Modiano dit que, pour lui, écrire un livre c’est comme conduire une voiture avec plein de buée sur le pare-brise. On ne voit plus vers où on avance, mais puisqu’on est lancé, il faut continuer. On verra bien où on arrivera.
Pendant longtemps je ne savais même pas si il y aurait un livre.

Mais même s’il n’y en avait pas eu, ça n’aurait pas été un drame. Je pense que l’on n’écrit jamais dans le vide. Toute phrase, même abandonnée, viendra nourrir une autre phrase.

S’il y a bien un endroit où la rentabilité n’existe pas c’est dans l’acte même d’écrire.

L'Auteur

Sandra Reinflet

Sandra Reinflet est née en 1981. Auteure de deux premiers livres, Same same but different et Je t’aime [maintenant] (Michalon Éditeur), elle vient de publier “Qui a tué Jacques-Prévert?”(La Martinière), ouvrage tiré du reportage éponyme. Sandra est également auteur-compositeur de chansons. Par le texte, la musique et la photographie, cette voyageuse touche-à-tout passe son temps à modeler et inventer des histoires vraies.

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