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Marc Fayet : « J’aime partager une histoire et des personnages »

Agnes niedercorn

Emerger en tant qu’acteur est difficile. Réussir, en plus, comme auteur l’est bien davantage ! C’est pourtant ce que fait Marc Fayet, dont la sixième pièce Des gens intelligents se joue actuellement au Théâtre de Paris. Rencontre avec un homme passionné qui s’interroge et nous interroge.

Marc Fayet1Jeune, l’envie de partager avec les autres une histoire et des personnages le fait monter sur les planches. Parallèlement à son métier d’acteur, Marc Fayet écrit pour des entreprises, dans le cadre d’animations, de conventions. Les demandes sont multiples : Mac Do souhaite mettre en situation ses employés à travers des saynètes, les laboratoires Roche veulent raconter les cinquante ans d’un produit sur plusieurs sketchs. Il y a aussi Hewlett-Packard qui désire une pièce de théâtre la racontant. « J’ai énormément travaillé mon écriture à cette époque. »

Mais jamais encore, l’acteur n’avait osé exposer ses propres interrogations. Le déclic a lieu après un triomphe. Celui de la pièce Un petit jeu sans conséquence, dont il partage l’affiche en 2002 avec Valérie Karsenti, Eliza Maillot, Gerard Loussine et José Paul. Devant le succès, les auteurs se lancent dans une adaptation au cinéma. Sans lui et sans ses camarades. Déception. « A partir de cet instant, je me suis dit : et pourquoi je n’écrirais pas mes propres pièces ? Je ne veux plus me sentir dépossédé. »

Auteur nominé aux Molières

Marc Fayet se met à l’œuvre. Jacques a dit voit le jour en 2004 et rencontre aussitôt son public avec, en outre, une nomination aux Molières comme meilleur auteur francophone vivant. Ses questionnements portent sur les rapports humains. Qui sommes-nous les uns par rapport aux autres ? Quels sont ces liens qui nous unissent ? Qu’est-ce que l’amitié, le couple ? L’amour ? « Comme l’a parfaitement résumé Emmanuel Berl (journaliste, historien, essayiste), je n’écris pas pour dire ce que je pense mais pour le savoir. J’ai envie de fouiller mes interrogations et les partager avec les spectateurs, les comédiens. »

De deux semaines à deux ans

Marc Fayet 2 affiche spectacleLe temps qu’il met pour venir à bout d’une pièce est extrêmement variable. Le scoop, montée au Tristan Bernard en 2012, lui demande deux années d’écriture. En revanche, c’est en dix jours seulement qu’il boucle Des gens intelligents. « L’année dernière, j’ai passé mon temps à écrire. J’ai ainsi finalisé cinq textes. Au cours de ces mois, je me suis autorisé une pause en me disant, maintenant, je vais me faire plaisir, en me lançant le défi de créer une pièce en deux semaines. J’ai rédigé sans plan. Je déroulais un fil et aucun nœud ne s’est présenté. Ça filait tout seul. C’est assez mystérieux. » Marc Fayet avoue ne pas avoir souffert sur ce texte. Ce qui est loin d’être toujours le cas ! « D’ailleurs, je pensais qu’il ne serait jamais joué. » Or, après avoir fait lire ses diverses productions, c’est précisément celle-ci qui est sortie du lot.

« Je sens les personnages dans mes jambes »

S’il rêverait d’écrire un roman, Marc Fayet ne se sent pas encore prêt. « Quand je rédige pour le théâtre, je suis dans chaque personnage, je les sens dans mes jambes et j’avance avec eux. » Son métier d’acteur l’aide, le guide. « Je suis mon propre rythme, je sais où j’en suis, à quel moment précis de la pièce, à un quart d’heure, une demi-heure du début. Avec le théâtre, on n’a pas besoin de tout détailler. Car il y a le décor, le jeu des acteurs qui, d’eux-mêmes, expliquent la situation. Je me sens bien dans cet univers. » Certains effets sont voulus, des bons mots dont il espère qu’ils feront rire. Mais parfois, les situations échappent à l’auteur. « Chaque acteur s’approprie ses dialogues et ensuite, le corps parle avec des résultats qu’on n’imaginait pas au départ. »

Marc Fayet 3 comédiens spectacleMarc Fayet travaille dans un bureau, à l’extérieur de son domicile. Mais il a toujours plusieurs carnets sur lui. Car les idées surgissent parfois à l’improviste. Il note une réplique, une scène, un thème pour un futur projet. Quand il ne songe pas à des comédiens en particulier, les personnages qui naissent sous sa plume n’ont pas de visage mais une aura, une consistance, une forme. « Je vois ce qu’ils dégagent. Quelle que soit la situation, l’intrigue, le personnage est toujours l’élément principal de l’écriture. » Au fil des années, il apprend à canaliser ses idées : « au début je voulais mettre trop de choses dans mes pièces. J’envoyais trop de pistes à la fois. Maintenant, je parviens mieux à faire mes choix. »

Malgré ses succès et les multiples rôles endossés au théâtre, l’homme reste prudent, anxieux, peu porté sur l’autosatisfaction. Bien au contraire. Ce qui le fait vraiment vibrer ? « Le collectif. J’ai besoin du groupe. Les pièces sont une sorte de ciment qui aide à construire le bâtiment, ensemble, avec le metteur en scène et les comédiens », conclut-il.

 

Pour aller plus loin :
Des Gens intelligents
Résumé :
David, garçon sensé et réfléchi, a décidé de se séparer de Chloé. Chloé, fille habile et déterminée, ne l’entend pas vraiment de cette oreille. Leurs amis, des gens prudents et attentionnés, sont un petit peu embêtés. Une histoire ordinaire et très originale car tout est différent quand on est intelligent… ou pas.
Théâtre de Paris, salle Réjane
15, rue Blanche
75009 Paris
Réservation : 01 42 80 01 81
Du mardi au samedi 21 h, samedi 17 h, dimanche 15 h

L'Auteur

Agnès Niedercorn

Journaliste pigiste, Agnès Niedercorn habite et travaille à Paris. Elle collabore à diverses publications de la presse professionnelle ou d'entreprise. En 2010, elle a reçu le Prix Nouveau Talent pour son premier roman "Idylles, mensonges et compagnie", paru aux éditions Calmann-Lévy. Elle est également l'auteur du blog www.histoiresdeportables.com.

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