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Sophie Loubière : « Lire nous pousse vers l’exigence. »

Auteur de romans et nouvelles policières, Sophie Loubière est également journaliste et animatrice à la radio.
Après L’Enfant aux Cailloux (Prix de la ville de Mauves-sur-Loire 2012, Prix Lion d’or 2012 du Salon du Livre Policier de la ville de Neuilly-Plaisance, Prix des Ancres Noires 2013), elle nous invite dans son dernier roman Black Coffee (Fleuve Noir) à une exploration inédite de la mythique route 66. J’ai eu la chance de la rencontrer juste avant sa séance de signature au Salon du Livre de Paris.

Racontez-nous comment vous avez écrit Black coffee.

Sophie Loubiere webC’est un roman très particulier dans sa création, depuis la première idée jusqu’au point final du livre.

Mon mari, passionné par les États Unis, m’avait déjà poussée à écrire un roman qui se passe à San Francisco (Dans l’œil noir du corbeau, Le Cherche Midi). Son envie de faire la route 66 a été le déclic de Black coffee. Pourtant, au départ, la route mythique me semblait un sujet déjà largement exploré et ne m’inspirait pas vraiment : je ne voyais pas ce que je pouvais écrire sinon une histoire de tueur en série. Et mon chéri m’a dit « Chiche! ».

Finalement c’est de ce défi, de cette boutade familiale, qu’est né ce livre. Car comme pour tous mes romans, il m’est nécessaire de repérer les lieux : respirer l’ambiance de la route, goûter aux parfums des villes et des campagnes, me couvrir de la poussière du désert, ressentir la morsure du soleil était indispensable. Nous sommes donc partis six semaines en famille sur la route 66. Le fait de voyager avec les enfants, de vivre avec eux des situations incongrues, drôles, a bouleversé la trame romanesque initiale du roman et l’a enrichi, lui a donné plus de corps, de vérité, de réalisme. J’ai mis ensuite un an à l’écrire, le complétant d’un travail méticuleux de recherche.

Le blog consacré à ce voyage donne une idée claire de mon cheminement. Au départ, j’ai une idée de l’histoire mais je n’ai pas encore situé la scène de crime, je n’ai pas déniché la maison où se déroule le drame initial de l’histoire (ce sera en Oklahoma)… C’est la route qui va me donner la matière, toute la matière.

Auparavant, je n’avais jamais imaginé écrire l’histoire d’un tueur en série, sujet rebattu et déjà formidablement traité en littérature par Mary Higgins Clark, Patricia Cornwell, R.J.Ellory ou même R.L.Stevenson (Dr Jekkyl & mister Hyde). Autant à la télévision des séries comme Les Experts me divertissent, autant en littérature tout ce qui est de l’ordre du légiste, sanglant ou gore peut vite m’ennuyer ou me déranger. Ce qui m’intéresse davantage c’est l’aspect psychologique des personnages et leur implication dans l’enquête policière, ce qu’ils vont y gagner – ou y perdre. Mais l’idée de travailler sur un serial killer a fait son chemin

Vous êtes romancière, journaliste et animatrice de radio, comment travaillez-vous ?

black coffee webJ’ai toujours beaucoup écrit. C’est l’exigence propre d’une chronique sur France Info. Tenir le format, compter les mots. Mais les interventions dans mes émissions sur France Inter étaient aussi rédigées, ne serait ce que pour calibrer la durée, respecter l’équilibre des plans sonores. Ce qui caractérise mon travail, c’est cette rigueur, cette exigence, ce souci du détail qui peut être casse-pied pour mes collaborateurs (!). Perfectionniste et anxieuse, je le suis aussi dans mon travail de romancière. M’appuyer sur des faits réels, travailler le moindre détail, respecter la crédibilité et cela va parfois jusqu’à vérifier sur le net ce qui est proposé à la carte d’un restaurant dans lequel mes personnages vont dîner. C’est un tel investissement qu’il reste peu de chose autour de l’acte d’écriture, toute mon énergie passe dans le manuscrit.

Y a-t-il un conseil d’écriture que vous avez reçu et que vous pourriez transmettre aux écrivains en herbe ?

Ce n’est pas vraiment un conseil qui m’a été donné mais plutôt une remarque faite un jour par un ami auteur de romans policiers. Il m’a dit : « j’ai beaucoup de mal avec les romans qui sont écrits à la première personne et au présent  » Moi qui ait toujours écrit au présent, un temps qui donne force et impact aux situations et aux mots, idéal pour happer le lecteur, je me suis interrogée sur le sens de ses propos. Pourquoi ne pas aller sur ce chemin plus subtil ? L’emploi d’un temps passé permet de mettre plus en distance, de donner du relief et de l’élégance, de jouer avec les émotions. Mais attention à ne pas se laisser aller aux effets de style.

L’autre conseil que je donnerais est celui de lire. Lire beaucoup, tous azimuts. Depuis mon enfance, je dévore : de la poésie contemporaine (essentielle) aux romans d’anticipation, de la Comtesse de Ségur à Hemingway de Stendhal à Kessel, de Proust à Hammett, de Hesse à Gide, tout nous est offert et déjà écrit. Lire nous pousse vers l’exigence. En revanche, je pense qu’il ne faut pas trop lire le genre que l’on écrit, au risque de ne jamais trouver son propre style, sa propre « voix ».

L'Auteur

Dorothée Corbier

Déléguée générale adjointe de la Fondation Bouygues Telecom, j'anime avec Céline le programme Nouveaux Talents.

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