A la une

Sophie Rockwell : « J’aime travailler à partir de plein de choses différentes »

 

Agnes niedercorn

Auteur de chansons, de pièces de théâtre, compositeur, interprète, Sophie Rockwell est une créatrice en quête perpétuelle. Aujourd’hui, elle se lance dans une aventure très contemporaine : écrire des textes à partir de citations puisées dans la presse et sur Internet. Enthousiasmant !

 

Je ne suis pas narcissiqueSon regard aiguisé aime contempler notre monde et sa folie, les gens et leurs paradoxes, les événements et leurs résonances sur nos vies. De cette écoute attentive, Sophie Rockwell s’interroge continuellement. Elle se dit, par exemple, combien il est stupéfiant que les individus se livrent aussi facilement dans les média, qu’ils assènent leurs vérités avec force de conviction. « Que fait-on de ça, de toutes ces choses qui paraissent dans les magazines ? » L’auteur se met à collectionner les citations des people, les phrases lâchées au fil des colonnes de la presse féminine. Puis, avec son complice Alain Klingler, auteur, compositeur, interprète, elle dessine une pièce de théâtre baptisée Je ne suis pas narcissique, jouée cette année à l’espace culturel Le Tricycle de Grenoble.  En reprenant des phrases fortes, définitives, habitées par des personnalités sensibles, les auteurs réussissent le tour de force de bâtir un monologue à plusieurs voix. Ce texte original et empathique met en scène un être humain en train de se désagréger, à la fois touchant, monstrueux, obligé de séduire, devant continuellement surprendre dans notre société du paraître. Construire un texte tenu à partir de pièces détachées, éparses, dites par une multitude d’individualités dans des situations et à des occasions différentes, réjouit Sophie Rockwell. « J’aime cette circulation où tout le monde peut prendre. C’est intéressant cette liberté. C’est ça aussi la culture. Reprendre et déplacer pour que ce soit nouveau. »

 

Mêler les supports

Un chagrin administratif Photo © Gwenaël Hubert

© Gwenaël Hubert

Un autre de ses questionnements porte sur la condition de l’artiste, souvent obligé de justifier la pertinence de ses projets devant des commissions, des administrations dépendantes de leurs budgets. Avec ce constat ubuesque : « les dossiers, les formulaires à remplir pour présenter une œuvre si l’on veut récolter des fonds sont parfois plus denses et complexes que l’œuvre elle-même. » Au cours de ses recherches, Sophie Rockwell a ainsi remonté le temps pour se plonger dans les lettres de Mozart : le génie a dû supplier des personnalités tout au long de sa vie pour qu’on lui vienne en aide financièrement. Une correspondance déchirante qu’elle relie jusqu’à notre paperasserie actuelle donnant vie au spectacle Un chagrin administratif, créé avec Alain Klingler et joué au mois d’août 2014 à l’abbaye de Beaulieu. Ce spectacle contemporain mêle les supports, vidéos, chansons, textes pour exprimer la folie du monde dans lequel tout peut faire œuvre.

 

 

 

Rester en alerte

Sophie Rockwell Photo © Stéphane Lagoutte

©-Stéphane-Lagoutte

« Notre idée est d’amplifier ce qu’on voit pour le restituer dans la réalité sur scène. Pour cela, j’aime travailler à partir de plein de choses différentes, faire feu de tout bois. Mais la musique est toujours présente », raconte, enthousiaste, Sophie Rockwell dont l’écriture fait partie intégrante de sa vie depuis l’enfance.

Après une pièce de théâtre, Paul, récompensée par la Fondation Beaumarchais en 1992 et quatre albums dont le premier est déjà salué par la critique en 1999, cette créatrice infatigable nourrie, entre autres, aux mots de Leo Ferré, Barbara, Apollinaire, poursuit sa quête. « L’écriture est un travail constant, de tous les jours. Je pense qu’il faut du labeur, être en alerte constamment. Observer, toujours. »

Avec son complice, elle œuvre actuellement à la conception d’un nouveau spectacle sur l’amitié, thème qui lui tient particulièrement à cœur. Je n’ai rien contre le réveillon fera vivre plusieurs personnages à partir de citations, de commentaires laissés sur Internet. Facebook, les réseaux sociaux, les amis « fantômes », la sincérité comme la fidélité des sentiments sont au cœur de ce projet qui sera présenté au cours de la saison prochaine !

Pour aller plus loin : http://www.sophierockwell.net/

 

L'Auteur

Agnès Niedercorn

Journaliste pigiste, Agnès Niedercorn habite et travaille à Paris. Elle collabore à diverses publications de la presse professionnelle ou d'entreprise. En 2010, elle a reçu le Prix Nouveau Talent pour son premier roman "Idylles, mensonges et compagnie", paru aux éditions Calmann-Lévy. Elle est également l'auteur du blog www.histoiresdeportables.com.

Commenter

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *